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"...qu'on fiche la paix à tous ceux qui viendront prêter main forte à la cause..."

L'édito de Mr l'abbé LAGUERIE

Mascaret, février 2002

Il y a tellement de vraies questions à résoudre qu'en voir sans cesse agiter de fausses, fatigue et « escagasse » de plus en plus. Comme vraie question, par exemple, ce travail théologique de fond sur le Concile Vatican II que nous allons entreprendre avec quelques confrères, afin de fermer la bouche définitivement à tous ceux qui, n'ayant jamais lu et étudié les textes d'une part, ou les utilisant sans répit depuis 20 ans pour détruire l'Eglise dans un dérapage théologique de moins en moins contrôlé d'autre part, donnent à entendre aux « bonnes gens » qu'on finira bien par accorder le Concile et la Tradition. (Cf. prochain Pacte ; affaire à suivre).
Comme fausse question par exemple - et c'est notre propos aujourd'hui - la place de chacun, clercs et laïcs, dans la cité de Dieu. Après la débandade de la « Cité catholique », les farces de « Chrétienté Solidarité », les controverses sur le « M.J.C.F. », les atermoiements avec « Renaissance catholique » etc…, voilà-t'y-pas que « Civitas » elle-même, serait dans le collimateur de certains clercs dont toute la théologie est de condamner « orbi » ce qui leur échapperait, tant soit peu, « urbi ». Dès que trois laïcs et demi bougent le petit doigt pour la cité de Dieu, c'en est trop pour ces curés, s'ils ne peuvent pas étendre là leur médiocrité d'ici. Et voilà bien une fausse question qui a fait - et fait encore hélas - couler salive et encre parce qu'on la prend toujours et toujours par le petit côté de la lorgnette : l'influence d'un chacun. Vraie - fausse question que l'Evangile pulvérise : à chacune de ses lignes par la modestie et l'effacement qu'il exige de quiconque entend être de quelque utilité au royaume des Cieux. « Quand vous aurez fait tout ce que vous pouvez, dites : nous sommes des serviteurs inutiles ». Des querelles d'influence après çà ?
Le vrai côté de la lorgnette pour résoudre cette fausse - vraie question, est spirituel, comme toujours et doit être cherché dans l'Evangile. Comme dans nos gouvernements, il y a dans les choses de Dieu, le ministère de l'intérieur et celui des affaires étrangères. En témoignent ces deux phrases de l'Evangile « qui n'est pas avec moi est contre moi » (Luc 11,23) d'une part. Mais d'autre part, quand les apôtres rentrent de mission, heureux d'avoir utilisé le formidable pouvoir que Jésus leur a donné sur les démons, ils sont heureux et pourtant amères. Ils ont repéré des outrecuidants qui se permettaient d'utiliser le nom de « Jésus » pour la même besogne. Ils sont furieux même et s'en plaignent au Maître. Celui-ci leur décoche : « celui qui n'est pas contre vous est avec vous » (Luc IX,50) Si les clercs pouvaient méditer ces deux phrases et les juxtaposer intelligemment, il n'y aurait pas tant de misère au royaume de Dieu !
La première, adressée aux foules, signifie l'unité nécessaire au royaume de Dieu autour de Jésus. Cette unité qui est celle de la foi, de la doctrine, des moyens de sanctification (jusque dans leur matérialité) est le domaine des prêtres. Ils en ont le dépôt, la garde, c'est leur sanctuaire. S'ils sont fidèles à cette charge de prolonger Jésus-Christ, qui n'est pas avec eux dans ce domaine, n'est pas non plus avec Jésus. Avis à tous ceux qui, laïcs, se mêlent de ces affaires là et vont apprendre à leur curé ce qu'est le ministère, la paroisse et la vie de l'Eglise… Ils s'acquièrent généralement, par leurs critiques continuelles et mauvaises, un dessèchement de l'âme et le risque d'une véritable réprobation divine. Malheur à eux, qui ne voient qu'en ce domaine, l'honneur et le respect dus à leurs prêtres est celui-là même qu'ils doivent à Jésus-Christ, « qui vous écoute, m'écoute ».
Mais quand les apôtres s'attristent que d'autres qu'eux chassent les démons, ils dépassent les bornes ! Ils ignorent l'union qui - sans être l'unité - peut et doit profiter au royaume. Et ils n'ont aucune autorité en dehors de l'unité du sanctuaire. Ils doivent se réjouir des mille initiatives que peuvent et doivent prendre ceux-ci et celles-là pour aider à la tâche beaucoup trop vaste, compliquée, hasardeuse, périlleuse même, de cette cité de Dieu que rien ne laisse indifférent. Qui n'est pas contre eux est alors avec eux. Et qui ne voit que leur autoritarisme dans ce domaine affaiblit et ruine l'autorité du leur ? Qu'il est même la preuve et le signe de l'incompréhension de leur véritable grandeur ! St Paul se réjouissait lui, que l'Evangile fût prêché par des gens mal intentionnés, pourvu qu'il le fût. Ils ne voient pas non plus, le risque qu'ils courent à vouloir s'aventurer sous une bannière et une autorité qui n'est pas la leur, tandis qu'ils interdisent aux autres - qui pourtant le peuvent et parfois le doivent - de s'exposer sous une bannière qui ne soit pas la leur.
Mille choses sont possibles et séantes à des laïcs, qui ne conviennent pas à un prêtre. Les bons vieux curés l'avaient beaucoup meilleure qui s'acquittaient pleinement de leur ministère tout en soutenant, épaulant, favorisant toute initiative extérieure capable de servir l'Evangile.
Quant aux déviances, toujours possibles hélas, qu'on veuille bien attendre, s'il vous plait, qu'elles se présentent avant de crier au loup. Et d'un. Le prêtre en ce domaine de l'apostolat non ministériel est chargé de dire la foi et la morale, à temps et à contre temps, mais pas de régler les jugements prudentiels d'un chacun, encore moins de vouloir canaliser et piloter tout cela. Et de deux. Si enfin, la déviance affecte le sanctuaire, alors qu'il le dise à l'Eglise.
A la lumière de ces principes surnaturels, le jugement des œuvres citées plus haut est facile, voire enfantin.

La « Cité catholique » a dévissé dans la foi et dans la liturgie. Il fallait l'abandonner, nous l'avons fait et bien fait… hélas. « Chrétienté Solidarité » occupait un domaine typique du sanctuaire, le pèlerinage de Chartres ; cette immixtion des politiques dans le religieux pour racoler les fidèles dans le politique était déjà intolérable. Mais quand ces politiques vinrent nous dire ce qu'il faillait faire au niveau de l'épiscopat… holà ! « Renaissance catholique » présentait au départ la même immixtion. Il fallait clarifier. Ce fut fait, plus ou moins bien, mais il fallait le faire. A présent, c'est un très bon mouvement qui est forcément avec nous, n'étant pas contre ; pourvu qu'on finisse par leur en offrir la possibilité ! Ceux qui leur livrent encore la guerre douze ans plus tard, sont des sauvages, ensoutanés peut-être, mais des sauvages. Le « M.J.C.F. » a toujours été un mouvement magnifique qui n'a du ses avatars passés qu'à l'immixtion inverse : celle des clercs. Quand ils ramassent un athée ou un drogué pour le présenter au baptême, et qu'un clerc trouve à redire parce que ce n'est pas lui qui l'a ramassé (et pour cause !) et même - horresco referens - qu'on ne l'a pas prévenu dès le caniveau…

Alors, que diable, qu'on fiche la paix à « Civitas » et à tous ceux qui viendront prêter main forte à la cause si difficile, en ces temps, du royaume de Dieu. Cette attitude porte un nom : elle s'appelle catholique. « Laisse les morts enterrer les morts » dit Jésus au jeune orphelin. Faudra-t-il bientôt demander aux morts de ne pas enterrer… les vivants ?