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Minute 1er septembre 2004

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Trois abbés sur la sellette

Céline Pascot

L'enquête que nous avons consacrée, la semaine dernière, à la crise qui secoue la Fraternité Saint-Pie X, sous le titre " Du rififi chez les cathos tradi ", a fait grand bruit. Au point que Mgr Fellay, son supérieur général, à l'origine de la divulgation des remous internes à la Frat', cherche maintenant, avec un testament de retard, des boucs émissaires.

Exclura ? Exclura pas ? Telle a été, toute la semaine, la question qui a agité les catholiques traditionalistes. Sur la sellette, trois abbés : Philippe Laguérie curé de Saint-Eloi à Bordeaux, Christophe Héry son adjoint, et Guillaume de Tanoüarn, professeur à l'Institut universitaire Saint-Pie X. Dans " le Figaro " du 27 août où le chroniqueur religieux, Elie Maréchal, âpre s avoir lu notre enquête mais sans la citer, consacre un article à l'affaire, Mgr Fellay assène : " Ils ne sont pas exclus mais ils en prennent le chemin. [...] Ils troublent l'ordre. [...] S'ils reviennent dans la voie de la vérité, alors à tout péché miséricorde, mais il faudra réparation. "

A l'abbé Laguérie, il est reproché d'avoir alerté la Fraternité sur la situation des séminaires qui, ne manquant pas de vocations, ordonnent pourtant de moins en moins de prêtres. Ce qui lui valait pour sanction, quelques jours plus tôt, un bannissement au Mexique, lui ferait désormais encourir un renvoi. Contre l'abbé Héry est semble-t-il retenue sa complicité avec l'abbé Laguérie. Et contre l'abbé de Tanoüarn ? Il est tout bonnement suspecté d'avoir emprunté à l'auteur de ces lignes sa signature habituelle ! J'ai beau être prêteuse : les identités, fussent-elles de plume, c'est comme les brosses à dent, ça se garde pour soi.

En fait, Mgr Fellay, depuis la Maison générale de Menzingen, en Suisse, s'est aperçu qu'il avait commis, une regrettable erreur, pour ne pas dire une boulette lourde de conséquences. En faisant lire en chaire par l'abbé Régis de Cacqueray dimanche 22 août à Saint-Eloi, un communiqué faisant état des tensions internes à la Frat', il avait mis sur la place publique ce qui aurait dû rester dans la sphère ecclésiastique. Impossible, ensuite, de stopper l'information. Seule solution, un brin machiavélique : en profiter pour tenter de se débarrasser des esprits jugés trop libres, tel que l'abbé de Tanoüarn, directeur de la revue "Certitudes", et, coup de chance, ami du directeur de "Minute".

Le 27 août, Jean-Marie Molitor, notre bien aimé directeur, a donc adressé à l'abbé de Cacqueray, supérieur du district de France, une lettre courtoise mais ferme, lui rappelant : petit a, que l'article était bel et bien signé par le rédacteur en chef du journal, Céline Pascot; petit b, qu'il ne pouvait l'ignorer puisqu'il m'avait peu aimablement envoyé e sur les rosés le dimanche pré ce dent sur le parvis de Saint-Eloi, ainsi qu'en témoigne l'enregistrement de notre brève conversation ; petit c, que l'abbé de Tanoüarn, pour sympathique qu'il soit, n'a nul pouvoir pour influer sur le contenu éditorial du journal ; petit d, qu'il serait bien aimable de " faire désormais taire les rumeurs qui imputent à un prêtre ce qu'un journaliste très au fait des questions religieuses est fort capable de concevoir et de rédiger seul "

On en est là. L'abbé de Cacqueray n'a pas répondu. Mgr Fellay continue de dire, en privé, que les trois insolents vont être remerciés, mais ceux-ci, depuis les sommations figaresques, n'ont reçu aucune signification de leur congé.

Si une mécréante comme moi, malgré tout attachée un peu plus qu'elle ne veut habituellement l'avouer à la catholicité, peut formuler un avis, il tiendra en trois mots, que j'adresse à la direction de la Fraternité.

Trois mots prononcés trop tard, il y a bien longtemps, rue d'Isly : halte au feu.