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Dépêche AFP - 05IX2004, 15:59 

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Bordeaux : rififi chez les traditionalistes de la Fraternité Saint-Pie X

 "Je ne partirai pas", assure l'abbé Philippe Laguérie. Frappé d'exclusion, depuis samedi, de la Fraternité Saint-Pie X, organisation de catholiques traditionalistes, l'abbé a dédaigné la sanction et célébré dimanche la messe à l'église Saint-Eloi de Bordeaux.
Devant une assistance silencieuse, l'abbé Laguérie, disciple de Mgr Lefebvre, est revenu sur la sanction que lui a infligée, selon lui, sa hiérarchie pour avoir critiqué le séminaire d'Ecône (Suisse) - un des six de la Fraternité - et refusé une mutation au Mexique.
"Une sanction, juge-t-il, disproportionnée, injuste et inique", émanant "de la partie adverse" qui fait preuve, selon lui, "de violence et d'injustice".
Le bras de fer entre l'abbé Laguérie et les Supérieurs de la Fraternité dure depuis début juillet, date à laquelle l'abbé a fait part de ses réserves sur la formation des séminaristes à Ecône.
"Pour moi, il y a une surenchère à la sévérité et à l'autorité", qui conduit à l'exclusion de nombreux séminaristes, résume l'abbé. Ce climat, estime-t-il, pourrait nuire à la longue à la Fraternité.
Mais son "alerte sur la dégradation du séminaire" n'a reçu pour toute réponse qu'une "sanction" de la part du Supérieur général de la Fraternité : une mutation au Mexique. "Je refuse cette décision", dit l'abbé, qui, dimanche, a enfoncé le clou et martelé, à l'issue de l'office, que "si c'était à refaire, je le ferais encore".
Sa hiérarchie lui avait donné jusqu'à samedi midi pour quitter Bordeaux, sous peine d'exclusion : l'abbé a fait fi de l'ultimatum, assure qu'il est "décidé à maintenir le combat" et qu'il continuera à célébrer les offices à Saint-Eloi.
Reste que son successeur a été nommé : venu d'Argentine, l'abbé Pierre Duverger, accompagné pour l'occasion par l'abbé Régis de Cacqueray, le Supérieur de la Fraternité pour la France, a pris ses quartiers au prieuré, à Bruges, dans la banlieue bordelaise.
Un "intrus qui est rentré par effraction dans le prieuré", n'hésite pas à affirmer M. Laguérie. Lequel, selon ses affirmations, a donc porté plainte au commissariat de Bruges.
"Nous sommes vraiment désolés de cette situation", a souligné, lors d'une conversation téléphonique avec l'AFP, l'abbé de Cacqueray, en réfutant les critiques de l'abbé bordelais : "le séminaire d'Ecône se porte bien", assure-t-il. La sévérité ? "Inexact", selon lui. Il y a même de la "bienveillance" à l'égard des séminaristes.
Pourquoi, alors, un tel rififi à la Fraternité ? "Des garçons de Bordeaux se sont rendus à Ecône, mais leur vocation n'a pas abouti", explique le Supérieur pour la France. L'abbé Laguérie en aurait été déçu et "a mis ces échecs sur le compte de la formation", ajoute-t-il.
Dimanche, à Bordeaux, des fidèles souhaitaient ardemment le retour de la sérénité afin notamment que les projecteurs ne soient pas une nouvelle fois braqués sur l'église Saint-Eloi.
Ce joyau architectural du XIIème siècle a déclenché ces derniers temps des passions à Bordeaux, en raison des conditions de son attribution, par la municipalité dirigée par le député-maire (UMP) Alain Juppé, à une association proche de la Fraternité. L'écho de la célébration d'offices grégoriens a provoqué à quelques reprises la colère de militants d'extrême gauche, furieux de ce "cadeau" de la Ville à des "intégristes".