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Le Monde - édition du 8 septembre 2004

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La Fraternité Saint-Pie X mute un de ses curés au Mexique pour indiscipline

Xavier Ternisien - Le Monde

La révolte gronde au sein de la Fraternité Saint-Pie X, le mouvement intégriste catholique issu du schisme perpétré en juin 1988 par Mgr Marcel Lefebvre. C'est le fougueux abbé Philippe Laguérie, ancien curé de Saint-Nicolas du Chardonnet, à Paris, et curé de Saint-Eloi à Bordeaux depuis 1997, qui emmène la sédition. Il est rejoint dans son combat par l'abbé Guillaume de Tannoüarn, autre figure de la Fraternité, et l'abbé Christophe Héry. Les factieux ont même ouvert un site Internet : crisefraternite.com.

Dimanche matin 5 septembre, à la sortie de la messe dans la paroisse parisienne, des jeunes ont distribué un tract appelant à soutenir la révolte des abbés : "Non à l'autodestruction de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X !", proclame ce libelle. Les dissidents s'alarment d'une situation qu'ils qualifient de "catastrophique" dans les séminaires de la Fraternité. Selon eux, le séminaire emblématique d'Ecône, en Suisse, aurait connu une soixantaine de départs en sept ans. En juin 2005, cette institution ne devrait ordonner que trois prêtres sur une promotion de quinze séminaristes.

Contacté par Le Monde, Philippe Laguérie affirme que c'est pour avoir dénoncé cette "situation alarmante" qu'il a été sanctionné. Le curé de Saint-Eloi confirme qu'il a été muté au Mexique par le supérieur de la Fraternité Saint-Pie X pour la France, l'abbé Régis de Cacqueray. "Pourquoi le Mexique ?, s'indigne l'abbé. Je baragouine trois mots d'espagnol. On m'explique que mon tempérament s'accordera à celui des Mexicains. La vérité, c'est que je suis victime d'une sanction. Or, dans l'Eglise, on obéit à une mutation, on n'obéit pas à une sanction ! Je ne suis pas comme les jésuites. Je n'obéis pas perinde ac cadaver, "comme un cadavre"."

L'abbé Laguérie n'en est pas à son premier conflit avec la Fraternité. Déjà, en mars 1993, il avait été destitué par l'abbé Paul Aulagnier, alors supérieur en France de la Fraternité. Philippe Laguérie venait de lancer l'un de ces "coups" qu'il affectionne : il avait occupé, avec un quarteron de fidèles, l'église Saint-Germain-l'Auxerrois, en face du Louvre. Il avait battu en retraite, expulsé par les forces de l'ordre. Ses supérieurs l'avaient exclu pour "indiscipline". Il était venu à resipiscence et avait été réintégré.

La crise présente semble plus grave. Et le nouveau supérieur de la Fraternité pour la France semble moins enclin à la mansuétude que son prédécesseur. Refusant sa mutation, l'abbé Laguérie a donc été exclu de la Fraternité le 4 septembre. Son successeur est déjà arrivé à Bordeaux : il s'agit de l'abbé Pierre Duverger. Philippe Laguérie campe à Saint-Eloi et compte bien sur sa popularité pour faire plier la hiérarchie. "Cela fait vingt-cinq ans que je suis prêtre dans la Fraternité, fait-il valoir. C'est ma famille. Depuis que je suis dans la région bordelaise, j'ai ouvert deux églises : une à Saintes et à Saint-Eloi à Bordeaux". "C'est vrai que j'ai du tempérament. Mais nous ne sommes pas les "skins heads à jupons" raillés par certains comiques", affirme le prêtre ensoutané.

Fait exceptionnel : l'abbé Régis de Cacqueray devait tenir une conférence de presse, mardi 7 septembre à 15 heures, en l'église Saint-Nicolas. "Nous sommes désolés de cette situation", a déclaré le supérieur à l'AFP. Il affirme que "le séminaire d'Ecône se porte bien".