RETOUR AUX INFOS

Article du Figaro

Format PDF pour impression

Deux lefebvristes exclus pour dissidence

Le Figaro - Élie Maréchal [09 septembre 2004]

Au sein de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, les soutanes se déchirent. Désormais, la rupture est consommée entre Mgr Bernard Fellay, supérieur général, et l'abbé Philippe Laguérie, prieur à Bordeaux (nos éditions du 27 août). "C'est un drame que nous vivons", s'afflige d'un côté l'abbé Alain Lorans. "Le scénario est catastrophique", gémit de son côté l'abbé Guillaume de Tanoüarn. De part et d'autre, les héritiers de Mgr Lefebvre se renvoient le mensonge à la figure et chacun se bat pied à pied. Seul fait établi depuis dimanche : les abbés Philippe Laguérie et Christophe Héry, son bras droit à Bordeaux, sont exclus de la Fraternité pour "mutinerie".

Supérieur du district de France pour cette Fraternité qui compte dans le monde 450 prêtres tous unis dans un même rejet de Vatican II, l'abbé Régis de Cacqueray serre les mâchoires. Il prétend avoir tout tenté pour "échafauder des propositions de conciliation", au-delà même des règles de la Fraternité. Visites, pourparlers, coups de téléphone, interventions diverses, rien n'a, en deux mois, amené à résipiscence l'abbé Laguérie qui a commis "une lourde faute".

Celui-ci reconnaît avoir "jeté un pavé dans la mare", en adressant au début de juillet à trente-cinq confrères un document accablant sur la formation des séminaristes à Ecône. Batailleur impétueux, il n'a certes pas l'art de la dentelle pour surplis, mais il assure avoir déjà alerté Mgr Fellay dès mai 2003. "Je suis agacé qu'on foute des séminaristes à la porte pour des broutilles, explique-t-il. Toutes les personnalités un peu fortes dans la Fraternité sont déplacées. Evidemment, il est plus facile de diriger des béni-oui-oui ! A 51 ans, je ne suis quand même pas un vieux chnoque..." Malgré la sanction qui devrait l'écarter de Bordeaux, l'abbé assure vivre dans "un calme olympien" et poursuivre son travail à Saint-Eloi. Il cohabite avec l'abbé Pierre Duverger, son remplaçant, et ne veut pas préciser s'il prend de nouveaux contacts avec Mgr Jean-Pierre Ricard, archevêque de Bordeaux. L'abbé Héry, son défenseur, est entraîné dans sa chute pour "désobéissance". La Fraternité étant en rupture avec Rome depuis 1988, aucun recours n'est possible auprès du Pape.

Pour se montrer solidaire avec les deux exclus, l'abbé de Tanoüarn paraît lui aussi menacé de sanction. Or l'abbé de Cacqueray précisait mardi soir : "Certains prêtres ne comprennent pas bien, mais aucune autre expulsion n'est enclenchée. Les choses pourraient être éclaircies si l'abbé de Tanoüarn acceptait d'exprimer qu'il ne partage pas les positions des abbés Laguérie et Héry."

Le contentieux paraît profond : il ne date pas de cet été et n'est pas qu'une question de personnes. D'aucuns pensent qu'il s'agit de préparer le prochain chapitre général de la Fraternité prévu en 2006. D'autres s'impatienteraient des atermoiements avec Rome, ou au contraire s'exaspéreraient des tentatives de dialogue. Mais, si la déchirure s'est opérée sur le séminaire d'Ecône, c'est que l'identité même du prêtre est en discussion. Le pilier central est ébranlé, par une dissidence dans la dissidence. La crise est grave, sinon mortelle.