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Présent - 9 septembre 2004

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L'abbé Laguérie exclu de la FSSPX

Olivier Figueras –  Présent, 09 septembre 2004

L'abbé Régis de Cacqueray, supérieur pour la France de la Fraternité Saint-Pie X, a officialisé mardi l'exclusion de l'abbé Philippe Laguérie. Ou plus exactement son départ : « II est hors de la Fraternité depuis le dimanche 5 septembre à midi. »

L'affaire débute au mois de juillet, lorsque l'abbé Laguérie, prieur de Bordeaux, envoie à 35 confrères un document mettant en cause la gestion actuelle des séminaires, et tout particulièrement de celui d'Ecône. La Fraternité conteste ledit document, et met notamment en cause les statistiques produites. Qui plus est, là où l'abbé Laguérie voit essentiellement des renvois (ou des départs provoqués), ses supérieurs ne reconnaissent la plupart du temps que des départs volontaires.

Bref, devant ce qu'ils estiment être une faute grave, les supérieurs de l'abbé Laguérie lui demandent de présenter des excuses. Mais le prieur de Bordeaux, loin de se désavouer, justifie sa démarche.

Après plusieurs rencontres et discussions qui n'aboutissent à aucun accord, Mgr Fellay, supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X, prononce à l'encontre de l'abbé Laguérie une sanction, en le nommant prieur au Mexique. L'abbé refuse d'obtempérer, et décide de faire appel.

L'affaire devient publique le 22 août, lorsque l'abbé de Cacqueray annonce en chaire, à Saint-Eloi, la mutation de l'abbé Laguérie. Une annonce qui fait quelque bruit, un certain nombre de fidèles quittant ostensiblement l'église...

Mais l'appel de l'abbé Laguérie pose, lui aussi, quelques problèmes. Pour Mgr Fellay, celui-ci devrait être fait auprès de Rome. Mais la Fraternité n'étant plus reconnue depuis 1975, la chose est impossible. L'abbé demande alors à ses supérieurs la création d'une instance, composée d'anciens de la Fraternité, en mesure de l'entendre. Impossible, lui est-il répondu, il n'est pas prévu,, dans les statuts, qu'il y ait une autorité supérieure à celle du supérieur général, et susceptible de le déjuger. En définitive, l'abbé Laguérie portera son appel auprès de l'évêché de Fribourg, celui-là même qui, en ses débuts, reconnut et autorisa la Fraternité Saint-Pie X.

En attendant, un nouveau prieur est envoyé à Bordeaux. Mais il ne peut s'installer, se plaint l'abbé de Cacqueray, parce que l'abbé Laguérie a fait appel à un groupe de garçons pour assurer sa présence. Dans le même temps, il reconnaît avoir, lui, fait appel à un vigile...

Finalement, le 3 septembre, Mgr Fellay met en demeure l'abbé Laguérie de quitter le prieuré, ce qu'il refuse. Les négociations ne sont désormais plus possibles, pour la Fraternité, qui considère que la rupture est consommée : l'abbé Laguérie ne fait plus partie de la Fraternité Saint-Pie X.

Pour autant, aucune mesure d'exclusion n'est prononcée contre lui. A l'inverse de l'abbé Héry, son vicaire et avocat, qui, lui, a été officiellement exclu. Il est vrai que son cas était, de ce point de vue plus facile, l'abbé Héry n'ayant pas prononcé de vœux définitifs au sein de la Fraternité.

Quoi qu'il en soit, la Fraternité considère qu'ils se sont tous deux mis en dehors : « Ils ont plus quitté la Fraternité que la Fraternité ne les a quittés », commentait mardi l'abbé Célier.

Pour l'heure, l'abbé Laguérie demeure à Saint-Eloi, tandis que le prieur remplaçant gère une petite chapelle bordelaise.

Au-delà de la situation juridique de Saint-Eloi qui risque de pâtir de la situation, d'aucuns ont voulu voir, dans cette affaire, une affaire de pouvoir. A quoi l'abbé de Cacqueray répond que Mgr Fellay n'est pas homme à s'intéresser à sa succession - qui doit intervenir en 2006.

Dans une adresse à ses paroissiens, l'abbé Laguérie réitère sa volonté de ne pas subir la sanction qui lui est imposée : « J'ai fait appel de cette sanction mais nul ne veut rendre la justice. »

« Parce que j'ai pris la défense de nos séminaristes terrorisés, ajoute-t-il, et me suis alarmé de la situation désastreuse des ordinations sacerdotales de la Fraternité (...), je suis expulsé, exilé, déshonoré, chassé des églises que j'ai gagnées de haute lutte et restaurées de vos seuls dons, à la sueur de mon front et au calle de mes mains durant six années d'efforts, pour la remettre enfin à notre chère Fraternité Saint-Pie X.

« J'ai donné Sainte-Colombe à la Fraternité : ses supérieurs m'en chassent ignominieusement aujourd'hui par des procédés indignes, m'en interdisent l'accès en fracturant les serrures (...), en postant des cerbères, en violant le logement des prêtres. »

Il n'y a pas, semble-t-il, dans cette triste affaire, de différend doctrinal. Mais un problème de discipline. L'abbé de Cacqueray reconnaît, à la tête de la Fraternité, une difficulté de communication (due, précise-t-il, à l'importance du mouvement).

L'abbé Aulagnier hier ; l'abbé Laguérie aujourd'hui. C'est un peu cher payer un problème de communication...