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Sud Ouest - 9 septembre 2004

SAINT-ELOI. -- Exclu de la Fraternité Saint-Pie X, l'abbé Laguérie se replie sur l'église
Des messes vraiment basses

L'abbé Laguérie n'est plus en odeur de sainteté au prieuré Sainte-Marie de Bruges, une propriété cossue qui abrite la Fraternité Saint-Pie X, c'est-à-dire les catholiques traditionnalistes, disciples de Mgr Lefebvre. Depuis trois semaines en effet, date à laquelle il est en conflit avec sa hiérarchie qui voulait le muter au Mexique, l'ancien curé de Saint-Nicolas-du-Chardonnet doit même se faire lui-même la cuisine.
Idem pour son vicaire à Saint-Eloi, l'abbé Christophe Héry. Les trois soeurs qui partagent le toit du prieuré ne préparent à manger qu'à l'abbé Duverger, le successeur désigné de l'abbé Laguérie. « De toutes façons, précise ce dernier, je passe l'essentiel de mes journées à Saint-Eloi. »


Effraction de domicile. L'abbé ne revient à Bruges que pour y dormir où il ne fait que croiser l'abbé Duverger, contre lequel il a déjà porté plainte pour effraction de domicile. Mais la Fraternité semble prête à sommer l'abbé Laguérie de se trouver une autre résidence, à en croire l'abbé Lorans, responsable de la communication de la Fraternité en France, installée à Suresnes. « L'abbé Laguérie n'appartient plus à la Fraternité puisqu'il a refusé d'obéir aux ordres de sa hiérarchie en quittant Bordeaux pour le Mexique. Il n'a donc pas de raison d'occuper une maison qui appartient à la Fraternité. »
L'abbé Héry est, quant à lui, renvoyé de la Fraternité. Etape intermédiaire avant d'être à son tour exclu ? « Si la Fraternité a voulu l'effrayer pour qu'il se désolidarise de moi, c'est raté, ça a produit l'effet inverse », se félicite le curé de Saint-Eloi qui rappelle que son vicaire à dix-huit ans de sacerdoce.
Les deux curés ont donc établi leur camp de résistance à l'église Saint-Eloi. Ils ont même pris les commandes de l'association Eglise Saint-Eloi qui avait obtenu l'autorisation de la mairie d'occuper cette église en piteux état sous le seul prétexte de la rénover, mais en dissimulant que c'était un sous-marin des intégristes. Depuis, la justice administrative a annulé la délibération municipale confiant les clés de l'église à l'association.


« Une communauté coupée en deux ». Privé de Saint-Eloi, l'abbé Duverger dira ses messes de son côté à la chapelle Notre-Dame du Bon Conseil, près de la barrière du Médoc, autre repère des catholiques traditionnalistes. « La communauté bordelaise est pour le moment coupée en deux mais la voie choisie par l'abbé Laguérie est sans issue », assure l'abbé Lorans pour qui les fidèles reviendront au bercail de la Fraternité.
Un retour qu'il n'exclut pas non plus pour l'abbé Laguérie s'il fait repentance. « Le pardon vaut aussi pour les prêtres. » Mais l'abbé Laguérie ne semble pas prêt à troquer sa soutane noire contre une robe de bure. Il maintient les sévères critiques qu'il porte contre la formation des séminaristes à Ecône, en Suisse, siège des disciples de Mgr Lefebvre dont Mgr Fellay a pris la succession il y a douze ans.
« L'abbé Laguérie avait demandé l'arbitrage de Rome qui l'a orienté vers le diocèse de Fribourg, en Suisse, lequel s'est déclaré incompétent. Ce diocèse a dû estimer qu'il était difficile de réclamer l'arbitrage de Rome quand on appartient à une congrégation qui a coupé les ponts avec le Vatican », explique l'abbé Lorans.
L'abbé Laguérie se retrouve donc exclu d'une Fraternité elle-même exclue par le Vatican et de surcroît curé d'une église occupée illégalement. « On ne se débarrasse pas facilement d'un Laguérie qui a vingt-cinq ans de bâtiment », réplique-t-il. Même en ne lui faisant pas la cuisine.