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Article de Liberation – 11 septembre 2004

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Les lefebvristes gardent leur brebis égarée

L'abbé Laguérie avait critiqué le fonctionnement du séminaire intégriste d'Ecône.
Par Catherine COROLLER
samedi 11 septembre 2004

L'abbé frondeur n'a pas fait pénitence. Ses supérieurs de la Fraternité Saint-Pie X, organisation schismatique de catholiques intégristes, l'ont pourtant absous. L'abbé Philippe Laguérie, curé de la paroisse Saint-Eloi à Bordeaux (Gironde) et figure historique du mouvement lefebvriste, ne devrait pas être exclu de la Fraternité (Libération de mercredi). La crainte qu'il entraîne trop d'ouailles avec lui a, semble-t-il, contraint sa hiérarchie à composer.

En juillet, cet ancien curé de Saint-Nicolas-du-Chardonnet à Paris commet un crime de lèse-majesté. Dans une lettre à une trentaine de prêtres du mouvement, il met en cause le fonctionnement du séminaire d'Ecône (Suisse), et notamment «une surenchère à la sévérité et à l'autorité qui pourrait mettre la Fraternité en situation grave». En sept ans, 62 séminaristes auraient jeté l'éponge et, sur les 16 inscrits en 1999, un seul serait diacre aujourd'hui. En filigrane, c'est la hiérarchie du mouvement qui est visée.

Mgr Bernard Fellay, supérieur général de la Fraternité, dont la succession sera ouverte en 2006, ne s'y trompe pas. Plus que les chiffres de Laguérie, il conteste sa méthode. Si l'abbé avait des critiques à porter au fonctionnement du séminaire d'Ecône, il aurait dû les faire remonter par la voix hiérarchique. Début septembre, la sanction tombe : Laguérie est muté au Mexique. En l'église Saint-Eloi, l'annonce fait l'effet d'une bombe. La sédition menace. Mercredi, Régis de Cacqueray, supérieur pour la France de la Fraternité, convoque la presse. Détaillant les tentatives menées pour convaincre Philippe Laguérie d'accepter au moins une petite sanction, il annonce que le prêtre s'est mis «hors de la Fraternité depuis dimanche 5 à midi». Vendredi, la tonalité change. «L'église Saint-Eloi est régie par une association dont l'abbé Laguérie est président. Il y est chez lui», déclare l'abbé Alain Lorans, porte-parole de la Fraternité.

Interrogé sur le fait de savoir si Laguérie fait encore partie du mouvement, l'abbé Lorans se fait évasif : «Mgr Fellay lui a dit qu'on pouvait tout négocier, même son départ de Bordeaux, on attend sa réponse...»