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Pacte n°87 - septembre 2004

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"La Fraternité St-Pie X et l’Eglise" M. H.

Article de M.H., repris de Pacte

Les épreuves permettent d’avancer. Du bien peut sortir du désordre. L’affaire de Bordeaux soulève ainsi de vraies questions. Si l’on y répond avec sagesse, la Tradition catholique en sortira renforcée.

A tort ou à raison un prêtre s’inquiète auprès de ses confrères de la situation du séminaire. Il est sanctionné. Il fait appel. On lui répond que l’appel est impossible et il est prié de quitter la congrégation.

La politique d’Ecône est critiquée. La communication interne de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX) est mise en cause. On invoque le code de droit canonique et on en appelle aux autres évêques consacrés par Mgr Lefebvre. En un mot, c’est tout le mode de fonctionnement de cette fraternité qui est mis en question.

Pour douloureuse qu’elle soit, la crise qui secoue la FSSPX était inévitable. Il fallait bien qu’un jour un subordonné fasse appel d’une sanction qu’il estimerait injuste. Mais appel auprès de qui ?

Au nom de la FSSPX, l’Abbé Grégoire Célier, dans un communiqué du 10 septembre 2004, apporte des éléments de réponse : « dans la situation actuelle, il n’y a pas de recours juridique selon une voie normale contre une décision du Supérieur Général prise à l’unanimité de son Conseil (…) La Fraternité se trouve de facto coupée de l’autorité de Rome (…) une contestation résolue et définitive d’une décision du Supérieur Général ne peut se terminer que par un départ de la société ». Cette réponse « sans appel », selon le mot même de l’Abbé Célier, est-elle satisfaisante ?

Tous conviennent que la FSSPX n’est pas toute l’Eglise, qu’elle n’en a ni les pouvoirs ni les attributions. Son supérieur, Mgr Bernard Fellay, n’est pas pape, il n’a aucun charisme d’infaillibilité.

La FSSPX a sans doute été érigée canoniquement à l’origine, mais après les excommunications fulminées à l’occasion des sacres de 1988, il serait dérisoire de prétendre qu’elle a aujourd’hui une situation régulière au regard du droit conciliaire. Sa juridiction est donc contestée : situation précaire qui amène certains à promouvoir un « accord pratique » avec Rome, alors même qu’un tel accord n’a pas de sens tant que les modernistes du Vatican n’ont pas abjuré leurs erreurs.

Le problème est que ces modernistes ne se convertissent pas. La conservation de la foi catholique oblige donc à la résistance et l’heure de Dieu se fait attendre : la situation précaire de la FSSPX se pérennise.

Or la FSSPX n’est pas une congrégation ordinaire. Sa mission en effet a quelque chose d’universel. Cette universalité provient de celle de la crise qui ébranle l’Eglise entière. Elle découle directement du fait que cette congrégation a été fondée par un évêque et comprend aujourd’hui plusieurs évêques. Parce que nous autres fidèles ne pouvons faire notre salut sans sacrements et que seuls les évêques peuvent ordonner les prêtres, la FSSPX est appelée par les fidèles du monde entier.

Cette universalité avait été parfaitement perçue par Mgr Lefebvre. Parallèlement au développement de son propre institut, il ordonnait aussi les prêtres des congrégations qui partageaient son rejet de la nouvelle religion, sans pour autant exercer une véritable autorité sur leur fonctionnement. Sous la bienveillante paternité de « l’évêque de fer », la FSSPX n’avait aucun désir hégémonique, mais favorisait les fondations et initiatives individuelles, y compris celles de simples fidèles créant des « centres de messe » avec le clergé qu’ils trouvaient.

« J’accueille tout le monde et la sainte Vierge fait le tri » (Mgr Lefevbre)

Ecône ressemblait à une arche de Noé accueillante. On y voyait de toutes les couleurs et Mgr Lefebvre disait « j’accueille tout le monde et la sainte Vierge fait le tri ». Cette « biodiversité » était non seulement source de richesse mais encore de légitimité, parce qu’elle marquait l’universalité, c’est-à-dire la catholicité, de la Tradition. Les renvois du séminaire étaient rares. Le sage évêque prenait des risques et, bannissant tout arbitraire, admettait au sacerdoce tous ceux qui en avaient le désir et les capacités. Il répondait ainsi à l’attente anxieuse des fidèles privés de sacrements. Il considérait comme ses enfants même ceux qui l’avaient quitté. Ils furent nombreux, mais Mgr Lefebvre ne s’en troublait pas.

Ainsi celui qui s’était d’emblée imposé comme l’amiral de la flottille traditionnelle guidait plus qu’il ne commandait. Et la Tradition avançait, chacun s’appuyant sur son voisin : les congrégations les unes sur les autres, les clercs sur les laïcs, les laïcs sur les clercs.

Mais le charisme du fondateur s’éloigne, l’environnement change et le précaire se pérennise. Il faut consolider le canot de sauvetage, afin de l’empêcher de sombrer avant d’avoir atteint le port. Aucune société de ce bas monde ne peut éviter les conflits. Logiquement nous avons les nôtres. De là on ne peut suivre l’Abbé Célier proclamant la disparition du droit dans la Tradition. Le respect des lois, qui permettent de dire le droit, est l’unique moyen de conserver la paix. Il est aussi une garantie indispensable pour les clercs et les fidèles qui fréquentent la Tradition catholique.

Commençons par reconnaître la loi applicable. Comment ne pas se soumettre avant tout au code de droit canonique, cette somme de la sagesse législative de l’Eglise ? Pas celui teinté de modernisme bien sûr, mais celui rénové par saint Pie X et promulgué par Benoit XV. Le code de droit canonique s’applique donc à la Tradition catholique, c’est-à-dire à la FSSPX, aux congrégations et aux fidèles qui en sont proches. Qui en contrôlera le respect ?

Il serait absurde de faire juger nos conflits par ceux-mêmes dont nous contestons l’orthodoxie. Il ne peut y avoir de justice en dehors de la stricte pureté de la foi. Par conséquent on ne peut qu’exclure les tribunaux conciliaires et il serait ridicule de prétendre à une reconnaissance implicite de la Fraternité au travers de son existence en une procédure disciplinaire. Qui donc prendrons-nous pour arbitres ?

Saint Paul donne aux évêques d’Ephèse la réponse : « prenez garde à vous-mêmes, dit-il, et à tout le troupeau sur lequel l’Esprit-Saint vous a établis évêques, pour gouverner l’Eglise de Dieu, qu’il a acquise par son sang » (Actes 20, 28). L’Eglise de Dieu est ainsi régie par les évêques. Or Mgr Lefebvre les a voulus quatre. Sans doute n’ont-ils apparemment pas de juridiction. Mais ils ne sont pas pour autant de demi-évêques, de simples distributeurs de confirmations. La crise de l’Eglise se pérennisant, l’autorité naturelle de leur fonction ne peut que se renforcer. Si les évêques de la FSSPX sont soumis au Supérieur Général quant à l’administration de la FSSPX, toute question intéressant la Tradition tout entière relève de leur responsabilité solidaire. Qui niera que le sacerdoce en soit une ? De même, devant qui porter l’appel d’une décision du Supérieur Général, sinon devant eux ? Le code de droit canonique (c. 283 sq.) ne prévoit-il pas la tenue régulière de conciles provinciaux pour traiter des questions intéressant la province ecclésiastique ? La tradition catholique ne s’apparente-t-elle pas au moins à une province ecclésiastique ?

L’universalité même du rôle de la FSSPX l’oblige à rechercher un certain consensus, en elle-même tout d’abord car ses membres présentent une grande diversité, autour d’elle ensuite, c’est-à-dire avec les congrégations amies et avec les laïcs. Précisément parce que sa juridiction n’est pas reconnue, elle ne survivrait pas à un fonctionnement fondé sur le seul principe d’autorité.

Un débat serein peut et doit s’instaurer

Ces questions fondamentales appellent une réponse urgente, sous peine de voir la zizanie paralyser notre action. Il faut affronter les problèmes quand ils se présentent. Ce grand mouvement de l’Eglise qu’est la Tradition catholique en a vu d’autres. Il est adulte. Le symposium théologique de Paris a montré que les diverses tendances de la Tradition pouvaient se réunir pour traiter de la nouvelle religion. Ne serions-nous pas capables de discuter de notre propre mode de fonctionnement ? Un débat serein peut et doit s’instaurer, avec pour objectif de se doter des moyens indispensables pour dépasser une crise de l’Eglise qui pourrait encore durer. J’ai confiance qu’avec la grâce de Dieu, la FSSPX et la Tradition tout entière sauront se donner à elles-mêmes de sages règles afin de surmonter cette épreuve.