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Sermon de Mgr Williamson à la journée de la Tradition à Marseille - 16 octobre 2004

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Texte in extenso

Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, ainsi soit-il.

Bien chers confrères, mes sœurs, chers fidèles,

Nous sommes ici pour la troisième journée de la Tradition à Marseille. C’est monsieur l’abbé Nély qui m’a invité il y a plusieurs mois, et je suis très heureux de pouvoir fêter à cette occasion une messe pontificale. En particulier, nous commémorons cette année-ci le 150ème anniversaire de la définition du dogme de l’Immaculée Conception.

Il est dès 1854 certain que, la Très Sainte Vierge a été conçue dans le sein de sa mère Anne, sans tâche de péché originel, par une intervention exceptionnelle et miraculeuse ; la tâche n’a pas été transmise du père à l’enfant, comme a été fait normalement depuis Adam et Ève. Pour Notre Seigneur qui n’avait pas de père naturel, il était de ce fait-là normal qu’il n’avait pas, qu’il n’encourait pas, le péché originel, mais à la Très Sainte Vierge, qui a eu un père naturel, il a fallu cette intervention miraculeuse de Dieu, que nous appelons l’Immaculée Conception pour qu’elle ne soit pas entâchée. Pourquoi pas entâchée? C’est uniquement parce qu’il ne <convenait pas…>, quelque tâche que ce soit ne convenait pas à celle qui serait le tabernacle pour neuf mois du Très Saint. Et alors cette vérité qui a été crue pieusement par l’Église pendant 18 siècles, a été finalement définie en 1854.

Dans la confusion d’aujourd’hui, confusion, mes chers amis, qui risque d’empirer encore, ne nous leurrons pas : tout autour de nous pousse à la confusion. C’est un châtiment de Dieu que nous avons hélas bien mérité. Et qui sait, hormis Dieu, quand ce châtiment arrivera à sa fin ? Personnellement, je dis depuis des années, depuis des décennies, que nous allons vers un châtiment qui n’est pas seulement la confusion, mais un châtiment qui sera, par exemple, une pluie de feu ; ces choses ne sont pas agréables à entendre, mais elles n’en sont pas moins nécessairement vraies. Et lorsqu’on pense au déluge de péchés aujourd’hui, qui devient de plus en plus facilité, peut-on dire… . Ce ne sont pas les machines qui sont coupables, mais certaines machines facilitent énormément le péché, donc le péché est facilité par ces machines, qui se répandent dans le monde entier, ces machines électroniques. Eh bien, quand on pense à cela, et à l’indifférence de tant de personnes, de tant de nations envers Dieu, une indifférence qui le blesse plus qu’une haine….. C’est même ce qui semble être dit dans le livre de l’Apocalypse : « Il serait mieux que tu eusses été froid ou chaud. Mais puisque tu as été tiède, je te vomis de ma bouche » Les apparences de la Chrétienté sont l’insouciance, la tiédeur et l’indifférence.

Dieu serait-il Dieu, s’il n’était pas profondément blessé par cela ? Sans doute il y a encore aujourd’hui des âmes privilégiées, qui souffrent la Passion de Notre Seigneur, beaucoup d’âmes souffrantes, pour faire le contrepoids au déluge de péché d’aujourd’hui. Et s’il n’y avait pas ces âmes que nous ne connaissons pas - Dieu nous les cache, pour leur bien et pour le nôtre - s’il n’y avait pas ces âmes, « le bras de Mon Fils » comme le dit Notre Dame à La Salette, le bras de Son Fils aurait frappé sûrement. Dans la situation que nous vivons aujourd’hui, il est mystérieux que Dieu puisse permettre tout le mal que nous voyons autour de nous et toute cette confusion, mais apparemment, nous n’en sommes pas encore à la fin. Et alors, nous pouvons nous promettre aujourd’hui que cela ne va que s’augmenter.

Je répète, je pourrais en cela souhaiter, je souhaite qu’il en fût autrement, mais les choses sont ce qu’elles sont, et donc attendons-nous, non pas à moins, mais à encore plus de confusion.

 Et dans cette confusion il ne faut pas oublier la charité. Vous et moi, j’en juge par le fait que vous êtes ici aujourd’hui : vous avez, nous avons reçu une grâce inouïe de ne pas avoir perdu la vérité dans toute cette confusion. Mais le diable est à l’œuvre, et le diable à l’intérieur est toujours bien pire que le diable à l’extérieur. Le diable est à l’œuvre pour que nous perdions la vérité. Et si nous perdions la charité, nous risquerions fort de perdre la vérité. Car on peut penser que la vérité me donne le droit de faire comme-ci, comme cela, et de frapper, de maudire, de je ne sais quoi, d’injurier fortement en fonction de la vérité que moi je connais, et alors arrive le moment où c’est le diable qui sur mon épaule chuchote dans mon oreille : « Toi, tu connais la vérité, alors fonce ! » Et à celui qui est en face et qui est peut-être tout aussi persuadé qu’il possède la vérité, le diable dit exactement la même chose. Et quel est le résultat ? La guerre, et la perte de la charité !

Dans cette confusion, la charité est plus nécessaire que jamais. Les têtes étant dans la confusion ; on ne peut pas s’entendre, et on ne peut guère en vouloir aux gens s’ils subissent la confusion. La confusion, je viens de dire que c’est notre faute, c’est un châtiment que nous avons tous bien mérité de Dieu, mais d’autre part pour autant que nous avons connu la vérité, et que vous et moi, pauvres pécheurs que nous sommes, nous avons essayé d’être fidèles à la vérité, eh bien la confusion n’est pas de notre faute ! Alors, n’en voulons pas trop aux autres hommes d’aujourd’hui, aux autres catholiques, ne leur en voulons pas trop s’ils semblent s’éloigner de la vérité. Autant Notre Seigneur était sévère lorsqu’il s’agissait de la réalité et de la foi, autant il était compatissant pour les hommes. C’est une distinction classique : la foi et les personnes. Et les libéraux par contre, c’est le grand théologien, Garrigou-Lagrange qui l’explique vers la fin de Dieu, son existence et sa nature, les libéraux, c’est le contraire : c’est la mollesse pour la vérité, mais une terrible dureté envers les personnes qui refusent d’être libéraux…, voyez cette colombe de libéral, il a des griffes qui dégouttent de sang ! Voyez les avortoirs ! Le libéralisme a le sang sur les mains. Cette colombe qui fait semblant d’être une colombe : c’est un faucon lorsqu’on refuse de se faire libéral ! Alors le libéralisme doit être très dur, peut-être aussi dur pour les personnes, qu’il peut être mou pour les croyances. Par contre, les catholiques sont fermes pour la foi et la vérité, mais très compatissants pour les personnes. Et aujourd’hui, je vous suggère, mes très chers amis, il faut être plus compatissant que jamais.

Autant la confusion augmente, autant il faut être plus compatissant encore pour les personnes. Pour les personnes, je n’ai pas dit pour la Foi ; là, il faut être inexorable, mais, l’inexorabilité dans la Foi ne veut pas dire une diminution de la charité envers les autres hommes. Si quelqu’un se trompe je le lui dis alors gentiment, mais s’il refuse de m’écouter, dit l’évangile, et que c’est important et que c’est proportionné, je le dis à deux ou trois personnes dans l’Église, et s’il refuse encore de m’écouter, finalement je le dirai à toute l’Église. Mais aujourd’hui, peut-être, on le dit à lui-même, on le lui dit peut-être entre quelques amis, mais à ce moment-là, s’il suit ce dont il est convaincu que c’est la vérité, et que moi je reste sur ma position à moi…. Que ce soit la charité qui règne : peut-être le laisserai-je  aller son chemin parce que nous n’avons pas une autorité infaillible, comme l’Église catholique en a normalement, nous n’avons pas une Rome, un pape qui nous dise la vérité avec une grande sûreté, et quand il s’agit du dogme, avec infaillibilité.

Quelques-uns de vous, vous vous souvenez peut-être du Père Barrielle. Je me souviens que le Père Barrielle disait toujours que le Père Vallet, qui est mort en 1947, le Père Vallet disait toujours : « Nous avons un phare à Rome » et à ce moment-là, c’était vrai.

Par contre, nous autres, qui avons vécu les années 60-70, nous avons dû apprendre avec Mgr Lefebvre que l’autorité de Rome n’était plus l’autorité de Rome, et cela a été et est encore une faiblesse intrinsèque à la Fraternité Saint Pie X. La Fraternité n’y peut rien, c’est une congrégation catholique à laquelle manque cette direction très sure dans la Foi et dans la vérité venant d’en haut, elle nous manque, ce qui n’est pas notre faute si nous-mêmes nous n’y avons ni participé ni contribué. C’est comme ça, et ce manque d’autorité se trouve au-dessus de nous. Cette autorité est le droit de tout catholique en quelque sorte, car tout catholique a le droit d’être guidé avec une sûreté d’en haut. Si l’Église catholique exige des fidèles qu’ils observent des lois assez strictes, alors nécessairement, l’Église dira, et avec justice, en quoi ces lois consistent. C’est-à-dire que si la religion catholique est assez difficile à vivre et que le Ciel et la grâce ou la disgrâce de Dieu en dépendent, eh bien, si je puis dire. Dieu nous doit une autorité très sûre pour nous dire en quoi cette vérité de Dieu et sa loi consistent. Cette autorité nous manque aujourd’hui, il n’y a rien à faire, c’est intrinsèque à notre situation, ce n’est pas votre faute, ce n’est pas la mienne. Et bien, prenons-en compte cela, et soyons d’autant plus compréhensifs et compatissants pour les autres catholiques, et en particulier pour les autres catholiques de la Tradition, les « domestiques de la foi » dira saint Paul ; parce que cette autorité au-dessus de toute congrégation catholique qu’est, qu’était la Curie romaine et le pape nous fait défaut. Mgr Lefebvre s’est acquis une grande autorité non pas parce qu’il était Mgr Lefebvre, qu’il était charmant de sa personne, que c’était un saint, que sais-je ? Mais parce qu’il disait vrai et il jugeait vrai, c’est pour ça qu’il a acquis son autorité. Mais, l’Église catholique a les garanties de l’indéfectibilité. Par contre la très chère Fraternité que nous aimons autant que nous pouvons et nous l’aimons tous, n’a pas les garanties de l’indéfectibilité. Que voulez-vous que je fasse ? Que voulez-vous que nous fassions ? Elle n’est pas indéfectible. Je le dis depuis 20 ans, même si ce ne sont pas des choses très agréables à entendre, et ça ne me rendait pas toujours très populaire mais si c’est vrai, c’est vrai ! Je disais, j’écrivais aux Etats-Unis, assez souvent : Souvenons-nous que la Fraternité n’a pas les garanties de l’indéfectibilité qu’a l’Église ; c’est évident. Peut-être, sûrement, elle jouit de grâces particulières pour l’aider à remplir son rôle dans l’Église catholique, dans la confusion d’aujourd’hui. Mais cela n’empêche qu’elle est constituée d’hommes qui peuvent tous, tous, nous pouvons défaillir, nous ne sommes pas infaillibles. Alors, cela étant, j’ai dit aux États-Unis ce que Mgr Lefebvre disait à ses séminaristes : « Ne me suivez pas moi personnellement – disait-il – mais suivez-moi pour autant que je représente et je vous donne la Tradition Catholique » Mais c’est évident pour peu qu’on en tienne compte. Et c’est pour ça que c’est la vérité et la justice qui font la force de la Fraternité et cette vérité et justice sont toujours fragiles pour autant que nous n’avons pas cette protection d’en-haut qu’étaient la Curie et la Papauté. Donc, soyons humbles, mes très chers amis, gardons la vérité, gardons la Foi, en premier, gardons la foi mais immédiatement après la vérité et la Foi, gardons l’humilité. Vous et moi, nous pouvons nous tromper, nous pouvons toujours nous tromper. Nous ne sommes pas infaillibles. Même le pape, en dehors des ces extraordinaires occasions que sont les définitions d’un dogme, même le pape peut défaillir, peut se tromper.

Alors, immédiatement après la Foi et la vérité, l’humilité et la charité. Et n’en voulons pas trop aux autres qui se trouvent dans le même canot de sauvetage qu’est la Fraternité sur l’océan en furie, ne leur en voulons pas trop, ne nous bagarrons pas trop avec ceux qui voyagent avec nous, dans le même canot de sauvetage, parce que si nous nous bagarrons trop, c’est tout le canot qui va capoter! Et l’on va se mouiller. Le canot est important. Vous vous souvenez que lorsque le Titanic disparaissait sous les eaux, il y avait quelques canots de sauvetage et puis il y avait pas mal de survivants avec un veston de sauvetage, un veston de liège pour les empêcher de se noyer, mais les pauvres qui étaient dans la mer glacée de ces régions nordiques, ils mouraient de froid, et même dans les canots de sauvetage, on serait mort de froid si le lendemain même n’étaient pas arrivés d’autres grands navires pour pouvoir recueillir les canots. Le canot est très vulnérable, et la Fraternité Saint Pie X est assez vulnérable, elle est  fragile par la force des choses, ce n’est pas de sa faute. Ce sont les circonstances dans lesquelles elle est née et dans lesquelles elle doit continuer. C’est certainement Mgr Lefebvre qui nous a donné la ligne à suivre dans cette crise de l’Église et il a vu si juste, il a jugé si bien que la Fraternité a survécu des années, des années, maintenant des décennies. Mais sans le Fondateur, qui nous garantit que nous ne nous trompons pas, de façon à mettre en péril ce cher canot dans lequel nous avons évité durant des années de nous faire geler ? Nous aurions pu geler en dehors de ce canot. Et bien ne nous chamaillons pas trop à l’intérieur du canot parce que pour peu de choses, il se renversera.

                   Ah, mes chers amis, quelle situation ! Je voudrais vous dire que la confusion est sur le point de prendre fin mais c’est chose difficile à dire, et cette fin, je ne la vois pas. On prête à Mgr Lefebvre la parole en 1988 que, si je ne me trompe, au bout de cinq ans, l’affaire avec la Fraternité Saint Pierre serait réglée, que la Fraternité Saint Pierre disparaîtrait comme <logiquement ?>. En tout cas, il y a des paroles de Mgr Lefebvre, il y a des paroles qui ont indiqué que la crise ne se prolongerait pas indéfiniment. Mais il y a d’autres paroles où il a dit : « Préparez-vous pour une lutte longue. » Je crois que juste après les sacres épiscopaux de 1988 il encourageait à espérer, mais juste avant sa mort il encourageait plutôt à tenir.

Alors, mes très chers amis, si je puis dire, à l’intérieur du canot de sauvetage, attachez vos ceintures. C’est un mélange de métaphores un peu bizarre mais ce que je veux dire, c’est qu’il nous faut nous préparer à des secousses encore ; et venant du dehors, venant de n’importe où. Nous affrontons des années encore plus difficiles, mais alors, trois choses. Premièrement, c’est une épreuve permise par Dieu pour notre bien ; et si nous savons en profiter, il y a beaucoup de bien à retirer de ces épreuves.

Deuxièmement, ayons une grande confiance en Dieu. Nous nous trompons, Dieu ne se trompe pas. Dieu sait ce qu’il fait et s’il voulait permettre que la Fraternité se détruise, c’est en principe concevable, parce que c’est dans la nature des choses qu’elle est fragile et capable de s’autodétruire, ou d’être détruite de l’extérieur. C’est possible. Et bien, même à ce moment-là Dieu saurait ce qu’Il faisait, car Il sait ce qu’Il permet. Il a de très bonnes raisons, et sachons en profiter. Donc une grande confiance en Dieu. Autant nous devons nous méfier de nous-même, autant nous devons avoir confiance en Dieu. Et avec cette confiance en Dieu, nous pouvons rester sereins et ne pas trop nous laisser agiter.

Et finalement bien sûr, recourons toujours, sachons toujours recourir à la très Sainte Vierge Marie. La Bonne Mère, comme je crois qu’elle s’appelle dans cette ville ; la Bonne Mère, celle dont nous commémorons la conception aujourd’hui, l’anniversaire de la définition de l’Immaculée Conception. Cette mère, mère de toutes les âmes, mère de tous les prêtres, y compris dans le novus ordo, mère de toutes les âmes, y compris les musulmans et les communistes, que sais-je ? Elle veut le salut de toutes les âmes, toutes ces âmes ont été rachetées par son Fils, à l’agonie duquel elle a assisté au pied de la Croix. Notre Dame des Douleurs, combien elle a souffert avec son Fils pour le rachat de toutes les âmes. Donc ne pensons pas que nous avons en quelque sorte l’exclusivité, ne pensons même pas comme catholiques que nous avons une exclusivité sur la Maternité de Notre Dame, parce que nous ne l’avons pas. Elle est Mère de toutes les âmes. Alors sachons recourir à cette Bonne Mère pour notre propre âme et pour toutes les âmes qui nous entourent ; les âmes dans la Fraternité, dans la Tradition, dans la Fraternité Saint Pierre, que sais-je? La compassion pour les personnes, ce n’est pas l’accord avec leurs principes, avec leur doctrine, mais c’est la compassion pour les personnes avec les catholiques du novus ordo qui sont nombreux, dans la confusion, qui souffrent de cette confusion et qui ont été mal conduits par leurs pasteurs. Une confusion dont beaucoup de brebis ne sont pas responsables et qui pourtant en souffrent, c’est toujours une épreuve de Dieu que nous avons tous, eux et nous, méritée. Mais voilà, nous avons une Bonne Mère. Alors sachons dans toute cette confusion, dans toutes ces difficultés, toujours recourir à la bonne Mère.

Au nom du Père et du Fils et du saint Esprit.