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Editorial du "Mascaret" - 10 novembre 2004

"Patience" - Abbé Philippe Laguérie

Repris du site http://www.mascaret.presse.fr/

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J'aimerais ici vous parler de Dieu, et reprendre avec vous le cours normal des choses, celui d'un pasteur qui s'occupe de ses ouailles sans d'autres soucis que de leur livrer de bons pâturages. Cela se fait d'ailleurs par les sermons, les conférences (du jeudi), les cours, les articles sur l'Evangile… Oui, j'aimerais m'occuper de ma paroisse, vraiment, avec cette seule préoccupation. Malheureusement, le diable ne l'entend pas ainsi qui, depuis le début de Saint-Eloi nous oblige à la défendre bec et ongles contre des ennemis d'autant plus redoutables qu'on ne les attend jamais du côté où ils surgissent ! On a eu les socialistes ; on a eu les trotskistes ; on a eu les procès ; on a eu les tracasseries administratives de toutes sortes. Le Bon Dieu nous a, pour l'heure, délivrés de tout cela et tant du côté de la mairie de Bordeaux que du côté de l'évêché, on ressent une vraie compréhension, voire une bienveillance. Et voilà que le diable nous suscite un ennemi nouveau, original, inattendu et, disons le tout net, plus féroce que tous les autres déjà rencontrés ! Quand on écrira dans 50 ans l'histoire de Saint-Eloi, on croira rêver. Que des prêtres se réclamant de la Tradition catholique se soient dressés, et bien avant l'été 2004, contre leurs confrères de Bordeaux qui leur apportaient une église sur un plateau, sans frais ni travaux (c'est nous qui faisons tout…), voilà bien la malice du diable parce qu'elle dépasse tout à fait celle des hommes. Quoiqu'il m'en coûte, je vous dois en toute vérité un état des lieux sur nos relations avec les supérieurs de la Fraternité Saint-Pie X. Je reprends les choses là où nous les avons laissées, à la fin septembre.

Car imaginez-vous bien qu'une telle rupture devrait trouver les parties en présence prêtes à de larges concessions pour rétablir la paix, c'est-à-dire la tranquillité de l'ordre. Il n'en n'est rien pour l'heures : jugez vous-même.

Le mois d'octobre a été celui de belles négociations qui étaient sur le point d'aboutir. Sur la demande de quelques confrères intelligents et vraiment charitables, deux entrevues ont eu lieu entre Monseigneur Fellay et moi-même, en présence de Monseigneur Williamson, venu tout exprès pour cela. La première (trois heures et demi) le jeudi 7 octobre, la deuxième (cinq heure et demi) le lundi 11 octobre avec aussi Monsieur l'abbé de Cacqueray.

Tous conviennent (communiqué de l'abbé Sélégny) et moi le premier qu'elles ont été franches, utiles, respectueuses et même fructueuses. A leur terme, il était constaté une réelle volonté d'arranger toutes choses, tant sur la question des séminaires, que d'un certain vide juridique (s'il n'y a pas de recours possible à une sanction dont le refus mène à l'exclusion pure et simples : ou bien on ne peut agir de la sorte, ou il faut créer cette possibilité…), que sur une paix réelle à négocier. A cette dernière fin, Monseigneur Williamson, d'un commun accord entre Monseigneur Fellay et moi-même, était chargé d'en rédiger les propositions écrites. J'ai donc quitté ces entrevues, confiant et avec de réels espoirs. J'ai attendu, sans rien faire d'autre… que prier.

Que s'est-il donc passés ? Monseigneur Williamson a rédigé trois lettres, devant être signées l'une par Monseigneur Fellay, l'autre par monsieur l'abbé de Cacqueray, la dernière par monsieur l'abbé Héry et moi-même (ces documents sont dans le public). Elles ont été soumises aux intéressés le mercredi 13 octobre. Le vendredi, Monseigneur Fellay téléphonait à Monseigneur Williamsons : ce n'était pas un refus total, mais c'était inopportun, trop tôt, à modifier. Le samedi 16 octobre, Monseigneur Williamson prêchait à Marseille et le dimanche à Paris. Son magnifique sermon, plein de bon sens, de surnaturel et de charité, n'eut pas le bonheur de plaire à monsieur l'abbé de Cacqueray qui en fit aussitôt des reproches à l'auteur et fit confisquer la bande enregistrée de telle sorte que la diffusion normale des sermons à Saint-Nicolas (c'est votre serviteur qui l'a instituée) soit empêchée. Deux jours après, c'est le communiqué ahurissant de l'abbé Sélégny qui, (1) confirme notre exclusion de la Fraternité, (2) déclare illicite notre ministère à Saint-Eloi, (3) nous déclare occupants sans titre au prieuré Sainte Marie. Rien moins. On notera que l'abbé Héry et moi-même, puisqu'il s'agit de nous deux, sommes restés silencieux tout ce temps-là. Nous avons du reprendre la parole par notre communiqué du 22 octobre. Car au-delà de cette interruption volontaire de négociation, il y a dans le communiqué ce qu'aucun fidèle de la Tradition, quelque soit, hélas « son camp », ne peut ni ne doit admettre. Le fameux n°2. Cette prétention de réglementer la juridiction de suppléance commune à tout prêtre de la Tradition qui lui accorde juridiction par le droit de l'Eglise sur la demande des fidèles. Par définition, cette juridiction n'étant pas personnelle, ne peut se donner par voie hiérarchique, ni, évidemment se refuser. C'est vraiment du jamais vu dans la Tradition, depuis toujours, c'est-à-dire depuis que les évêques, bien avant les sacres on s'en souvient, qualifiaient de « sauvages » tout ce qui n'avait pas l'heur de leur plaire.

Comprenez bien ceci : dire que le ministère d'un prêtre est illicite, c'est dire qu'il n'a pas de juridiction. Alors, de deux choses l'une ; ou l'on entend par là qu'il n'a pas la juridiction personnelle qui descend du pape aux évêques, aux curés, aux vicaires. Mais alors aucun prêtre de la Tradition n'a celle-là et c'est pousser les prêtres à la rechercher… Ou l'on entend qu'il s'agit de celle que confère le droit dans le cas de nécessité (juste demande des fidèles) et la refuser à l'un c'est la refuser à tous les autres car elle dépend des circonstances présentes, égales pour tous. En outre, aucune autorité ecclésiastique ne peut, même investie de l'autre, l'accorder ou la refuser. Elle ne se donne ni ne se refuse  : elle est ou elle n'est pas.

On constate malheureusement, par cette dernière invention, combien extravagante, comment mon confrère et moi-même faisons l'objet d'un acharnement vraiment inexplicable. En dernière date (28 octobre 2004), monsieur l'abbé de Cacqueray nous somme de quitter le prieuré Sainte-Marie, sous peine de poursuites légales et contraintes judiciaires !

Jamais Monseigneur Lefebvre, sous quelque motif que ce fût (et il eut avec ses prêtres des différents doctrinaux considérables, ce qui n'est pas le cas ici), n'usa de cette sévérité avec ses prêtres. Il appelait toujours ses “fils” ceux-là mêmes qui avaient abandonné son combat. Il bénissait l'apostolat de ceux qu'un différent avait séparés de la Fraternité, quelque douloureuse et crucifiante pour lui avait été la rupture. Quand on songe aujourd'hui que la seule chose qu'on peut réellement me reprocher est un excès de zèle pour la cause, on croit rêver de l'attitude de ses successeurs !

J'attends l'heure de Dieu. Il est impossible qu'il ne se produise un sursaut de la grâce. Je ferme l'oreille aux sirènes multiples et variées qui me poussent à me donner d'autres supérieurs que ceux-là. Au moins je veux faire la démonstration qu'il n'y a plus rien à en attendre, ce que je ne crois pas pour l'instant. Qui ne voit d'ailleurs qu'ils sont en train de me donner raison par les faits : leur entêtement dans l'ostracisme à notre égard n'est-il pas le motif de nos critiques s ? Je suis peut-être naïfs ? Mais je préfère leur conserver le respect et la déférence dus, même s'ils ne les méritaient plus, plutôt que de leur refuser l'espoir d'une éventuelle confiance au cas qu'ils la mériteraient toujours.

Merci, grand merci à ces milliers de fidèles qui, comme moi, ne comprennent plus et le manifestent publiquement. Merci à ces nombreux prêtres qui comprennent en silence que mes difficultés sont aussi les leurs, parce que les mêmes causes produisent les mêmes effets. Merci à la Providence de Dieu qui, en nous confiant Saint-Eloi, nous permet de survivre, de vivre et de prospérer selon notre vocation de pasteurs et de prêtres de Notre Seigneur Jésus-Christ.