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Yves Amiot sur Radio Courtoisie - 17 novembre 2004 - 16 minutes

Le mercredi 17 novembre 2004, Yves Amiot a été reçu sur radio Courtoisie par Daniel Hamiche. Vous trouverez la bande son sur le site www.tradimule.free.fr

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Daniel HAMICHE :
- Vous venez nous présenter une association que vous avez lancée il y a très peu de temps et qui s’appelle « Sensus Fidei » (Sens de la Foi).

Yves AMIOT :
- C’est l’« Association des Laïcs Catholiques de Tradition ». C’est une institution qui n’existait pas dans le cadre de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X (FSSPX) dont nous pensions depuis longtemps qu’il fallait la créer, et la crise actuelle, la crise grave et profonde que traverse la Fraternité, nous a conduit à la créer sans plus attendre. Je dois dire que cela répondait à un besoin car je constate que depuis que nous avons commencé (même pas une campagne de recrutement), la simple connaissance de notre association marchant de bouche à oreilles, les adhésions affluent. Donc cela signifie que cela correspondait à un besoin, le besoin pour les laïcs de se sentir concernés et de pouvoir intervenir dans la crise que traverse, à l’heure actuelle, la FSSPX, crise dont je dirai que le problème bordelais, celui de l’Abbé Laguérie, pour pénible, pour odieux même qu’il soit, n’est qu’un signe clinique. La véritable crise de la Fraternité c’est cette espèce de dérive qu’elle connaît à l’heure actuelle, qui se traduit par à la fois un confinement, une contraction de son dispositif, une espèce de jansénisme de plus en plus marqué, un encadrement de plus en plus étroit des fidèles, et je dirais non pas le rejet mais la mise au deuxième niveau simplement des missions apostoliques pour privilégier et monter en épingle la sanctification individuelle, c’est-à-dire tout l’inverse de ce que devait être la Fraternité et de ce que Mgr Lefebvre avait voulu qu’elle soit. C’est un phénomène qui est marqué, qui est évident par ce que depuis 10 ans la Fraternité piétine ; elle piétine car si vous prenez la France, vous verrez que le nombre des prieurés n’a pas beaucoup bougé, que cela s’ouvre ici et se ferme là, et alors qu’à l’heure actuelle le délabrement de l’Eglise officielle ouvre à la Fraternité un boulevard gigantesque à tous égards, elle n’en tire pas profit, elle n’ose pas en tirer profit, elle ne bouge pas alors qu’elle a tout pour elle : elle a une image de marque que lui a léguée Mgr. Lefebvre, elle a des prêtres remarquables, elle a un énorme gisement de vocations que non seulement elle n’utilise pas mais qu’elle décourage, et également elle a de gros moyens financiers. Donc, elle a toutes les possibilités de se développer (à l’heure actuelle la Fraternité en France devrait ouvrir 10 prieurés par an et elle devrait ordonner 30 prêtres par an), mais on n’en est même pas au 1/10ème de cela, et pour la première fois cette année, d’après mes renseignements, la Fraternité aura moins de prêtres qu’au début de l’année dernière, c’est-à-dire qu’elle aura perdu davantage de prêtres qui l’ont quittée qu’elle aura ordonné de prêtres.

Donc, cette crise dont je vous disais que l’argument officiel (officieux, parce qu’il n’est pas dit comme cela « mais non, rien n’est changé, mais pensez donc », vous connaissez ce langage onctueux et féroce à la fois des milieux ecclésiastiques : « mais non, mais non, il n’y a pas de crise, nous sommes toujours dans les mêmes priorités... » les faits démentent cette analyse. Quand même, officieusement on dit « oui, il faut rechercher la qualité et puis la quantité, et puis évoluer dans un monde qui s’effondre dans le vice, et donc il faut que nous constituions le dernier carré solide, nous serrons les rangs ».

Daniel HAMICHE :
- Les purs des purs.

Yves AMIOT :
- Les purs des purs. En fait, cela dissimule quelque chose de plus grave à mon sens, c’est l’insuffisance de la hiérarchie de la Fraternité pour faire face aux responsabilités - je dirais le mot responsabilités historiques qui sont aujourd’hui les siennes, c’est-à-dire de saisir la chance de s’affirmer dans le monde entier, et d’abord et surtout en France, et ce pour quoi parce qu’à mon avis la hiérarchie n’a pas le niveau qualitatif, n’a pas le niveau mental qui lui permet, n’est pas en mesure de gérer une telle expansion parce qu’ils ne sauraient pas faire, ils ont peur de l’expansion. Donc, on trouve des motifs, on trouve des prétextes pour se refermer parce qu’on n’ose pas, parce que diriger des centaines de prêtres c’est plus difficile que d’en diriger quelques dizaines... Et donc on ramène le dispositif à son niveau de compétences, plutôt que d’étendre son niveau de compétences à ce que devrait être le dispositif. C’est ce contre quoi nous luttons. Cela se traduit par quoi ? Cela se traduit par le fait que la Fraternité veut éliminer les prêtres combatifs, veut éliminer les prêtres conquérants. Il y a l’ère des conquérants, l’ère des organisateurs, l’ère des parasites. On entre davantage dans l’ère des parasites, des gratte-papier, des prêtres de bureau qui veulent tout régenter, tout voir, tout faire et qui privilégient le maintien de leur puissance et à la limite le resserre pour en faire une sorte de despotisme plutôt que d’être au service de la mission qui est la leur. Et en agissant, dans le cas de l’Abbé Laguérie, par des moyens qui sont tout à fait condamnables, la condamnation de l’Abbé Laguérie c’est un outrage à la justice et c’est une offense à la vérité. De bout en bout c’est insoutenable, avec un mépris d’ailleurs des laïcs qui est extraordinaire ! Je vous cite un cas : le jour où (j’étais à l’époque à Bordeaux) l’Abbé de Cacqueray vient à expliquer que c’en est fini de l’Abbé Laguérie, qu’il est viré, qu’il est remplacé par un autre... A ce moment-là une bonne partie de l’assistance se lève et quitte l’église en signe de protestation silencieuse. Et il y a discussion après cela à la sortie, et j’entends, discutant avec un personnage que je connais bien, j’entends l’Abbé de Cacqueray dire : « Mais non, mais non, ce n’est pas une sanction qu’a subit l’Abbé Laguérie, c’est uniquement un déplacement ». « Mais, dit l’autre, non, non, non, je vous assure Monsieur l’abbé, j’ai vu une lettre qui a été envoyée par la Fraternité à l’Abbé Laguérie où on lui dit que c’est une sanction ». Réponse de l’Abbé de Cacqueray : « Vous n’aviez pas à le savoir ». C’est-à-dire que l’Abbé de Cacqueray reconnaît qu’il a menti, qu’il vient de mentir et qu’en même temps ce sont des laïcs et que les laïcs n’ont qu’à se taire, et que les laïcs n’existent pas. Alors, si vous voulez, c’est quand même très fort ! Je vais faire une citation : « Qu’il soit permis de rappeler ici que ce sont les fidèles qui sont à la base des œuvres de tradition, et qui ont, en premier, fait face à la gabegie moderniste. Ce ne fut pas seulement l’œuvre des prêtres, Mgr. Lefebvre ne s’est jamais attribué la réalisation d’une œuvre quelconque ». C’est dit par l’Abbé Pfluger qui est à l’heure actuelle supérieur de la Fraternité [en Suisse et] en Allemagne, et qui est, dit-on, le dauphin désigné de Mgr. Fellay. Donc, ce sont eux qui les premiers reconnaissent que la Fraternité est issue des fidèles fondamentalement ; or, les fidèles n’ont pas le droit à la parole !

C’est pourquoi nous avons créé cette association Senus Fidei dans l’esprit de collaborer fondamentalement avec la Fraternité, de collaborer pour l’amener à repartir. Au fond, ce que l’on voudrait faire c’est une opération résurrection, c’est une relance.

Daniel HAMICHE :
- Yves Amiot, quand vous dites que les fidèles n’ont pas de voix, il y en a qui ont des voix puisqu’il y en a quelques uns qui envoient des messages, et qui ne sont pas toujours aimables.

Yves AMIOT :
- D’avance c’est prévu. J’ai l’habitude.

Daniel HAMICHE :
- Je voudrais redire encore un fois, et je le dis aussi bien aux responsables de la Fraternité Saint Pie X qu’aux simples fidèles des chapelles de cette fraternité sacerdotale que je reçois à mon micro qui je veux.

Yves AMIOT :
- Ce sont des messages, je dirais, téléphonés, à tous les sens du terme. La hiérarchie voit cela d’un mauvais oeil. Donc il s’agit de le détruire dans l’esprit des gens.

1er message :

Cher Daniel, merci d’avoir invité quelqu’un pour « baver » sur la FSSPX. Voilà qui fera avancer les choses. Encore merci.

Daniel HAMICHE :
- C’est tout le contraire que vient de faire Yves Amiot.

2ème message :

Sous le patronage et le management dynamique de Yves Amiot, la Fraternité va faire des progrès fracassants ! Comment se fait-il que M. l’Abbé de Cacqueray n’ait pas remarqué chez M. Yves Amiot ses facultés formidables de management et ne fasse pas appel à lui ?

Daniel HAMICHE :
- Parce que...

Yvesl AMIOT :
- En tant que management : je suis prêt, ayant eu une grande carrière dans le domaine industriel et financier, à rendre des points à quiconque veut monter sur le ring avec moi. Mais je dirai que le sujet n’est pas là. Je dirai par exemple : nous nous sommes donnés beaucoup de mal pour essayer d’aboutir par une négociation, par l’intermédiaire de Mgr. Williamson, et Mgr. Williamson est beaucoup plus sévère que moi dans le fameux sermon qu’il a prononcé - et lui alors l’accuser de « baver » sur la Fraternité, et pourtant personne n’y pense, et Dieu sait que ce qu’il a dit était beaucoup plus sévère pour la Fraternité que ce que j’ai dit aujourd’hui - mais ce qui est caractéristique c’est de voir que ce sermon dit par un évêque à Saint-Nicolas-du-Chardonnet n’est pas diffusé par Saint-Nicolas-du-Chardonnet. Vous pouvez aller le demander, vous aurez tous les sermons de la terre sauf celui-là. Il est interdit de diffusion à Saint-Nicolas ! C’est un premier phénomène.

2°) Vous distribuez des tracts sur le parvis, vous vous trouvez devant une agression physique, clergé en tête, qui vous vire alors que le parvis appartient à tout le monde.

3°) Dimanche dernier, il se trouve qu’un article de Monde & Vie ayant eu l’heur de déplaire à la hiérarchie de la Fraternité, la distribution de Monde & Vie à l’église Saint-Nicolas-du-Chardonnet a été suspendue.

Donc les laïcs n’ont pas à savoir ce qui se passe, les laïcs n’ont qu’à se taire, les laïcs doivent être enfermés dans un dispositif qui les contrôle sévèrement. C’est le moyen-âge, c’est-à-dire qu’on prend les fidèles pour des paysans analphabètes qui n’ont pas à savoir ce qui se passe.

Le but que nous poursuivons, nous, « Sensus Fidei », avec beaucoup de membres du clergé qui souffrent comme nous de ce qui se passe, c’est au contraire de redonner à la Fraternité son élan, et d’éviter qu’un certain nombre d’intrigants ou d’autres qui ont essayé de mettre la main dessus et qui la réduisent à leur pauvre niveau, n’arrivent à la scléroser dans un premier temps, et dans un deuxième temps à la faire disparaître. Ce qui est ce que nous redoutons plus que tout au monde.

Daniel HAMICHE :
- Le projet de cette association est clairement défini par Yves Amiot, et je n’ai pas à dire si je suis pour ou contre. C’est une démarche de laïcs, c’est une démarche positive. Ceux qui pensent, je le dis comme historien, comme journaliste, que l’initiative de l’ami Amiot est là pour saper la Fraternité pensent faux.

Yves AMIOT :
- Totalement. Ce que je constate c’est que la Fraternité est sapée à l’heure actuelle et qu’il s’agit au contraire de la rétablir, de la renforcer, et de lui redonner son élan initial. Car, comme le dit Mgr. Williamson : « Nous ne sommes pas du tout dans le contexte de ce qu’a voulu dire et faire Mgr. Lefebvre ». Et Mgr. Williamson l’a dit de façon extraordinairement évidente. Je dirais que je peux me mettre à son ombre, et que ce que je dis ne représente pas 10 % de ce qu’il a dit clairement ; ce pour quoi d’ailleurs il a été censuré par la hiérarchie de la Fraternité en France. Ce qui est quand même assez étonnant quand on y pense ! C’est la meilleure réponse qu’on peut donner aux protestations.

Victoria :
- Il y a des messages de soutien :

Bravo à Yves Amiot pour son discours.

J’apporte mon soutien à Yves Amiot. Bravo à lui pour le combat qu’il mène dans l’œuvre de Mgr. Lefebvre auprès de M. l’Abbé Laguérie afin qu’il n’y ait pas de TorqueJorna pour ne pas dire Torquemada dans notre Fraternité.

Yves AMIOT :
- L’Abbé de Jorna, directeur de séminaire, est très critiqué dans la crise des séminaires.

Les gens considèrent que je ne suis pas laguériste, dire que je suis laguériste, ce n’est pas vrai. J’aime beaucoup l’Abbé Laguérie, je crois que dans cette affaire il a raison, mais l’a priori est qu’il y a là une crise qui apparaît très clairement, qu’on essaie de faire disparaître, qu’on essaie de nier, qu’on essaie d’enfermer le cadavre dans le placard, « circulez, il n’y a rien à voir, le problème est résolu ». C’est faux, c’est faux, c’est faux. La crise est là, profonde et elle ronge en profondeur.

Daniel HAMICHE :
- Vous ne voulez pas créer une association des amis de l’Abbé Laguérie ?

Yves AMIOT :
- Absolument pas. Je rappelle qu’à Sensus Fidei on reçoit les adhésions au 2 rue Narcisse Diaz, 75016 Paris ; vous faites savoir uniquement que vous souhaitez adhérer en donnant vos nom, prénom et adresse, et l’on vous enverra la documentation nécessaire pour ce faire. Et plus nous serons nombreux, plus nous serons importants et plus nous pourrons faire entendre notre voix pour réussir l’opération résurrection de la fraternité, que nous voulons conduire avant tout.

Alors, dans l’information que l’on donne, il y a une toute petite cotisation qui varie entre 10 à 20 euros, selon les moyens des personnes, parce qu’il s’agit de fournir les moyens de secrétariat, de réunions d’assemblées, de locations de salles...

Daniel HAMICHE :
- Le gros argent n’est pas chez vous ?

Yves AMIOT :
- Non, le gros argent n’est pas chez nous, mais je suis surpris, ému même, de recevoir 5-6 chèques sans avoir rien demandé, c’est tout de même remarquable. Et je ne vous cite pas toutes les lettres que j’ai reçues - et j’en reçois tous les jours -, des lettres de 2-3 pages où les gens s’expriment.
Site : www.sensusfidei.org
Adresse : Association Sensus Fidei 2, rue Narcisse Diaz 75016 Paris