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"Le Bachais récidive" - Jérôme Machaud - 18 décembre 2004

Repris du journal Mascaret, proche de l'abbé Laguérie. Cet article, signé Jérôme Machaud, est paru dans la rubrique "La Palombière", anciennement tenue par l'abbé de Tanoüarn

En décembre 2003, un articulet incompréhensible paru dans le bulletin de la Fraternité à Grenoble (n° 54) en appelait à la “guerre” intestine. Dialectique d'épuration dont le motif était une controverse autour de la définition de la gnose : « C'est donc la guerre, et cette guerre sera difficile. Implorons la Lumière et la force […] pour les autorités de la Tradition qui auront sans doute des décisions pénibles à prendre. » Le tout jeune prieur qui signait ces lignes ne les a pas adressées à une trentaine de confrères : il sollicitait publiquement, devant ses fidèles, les prêtres de France et ses abonnés, le bras vengeur des supérieurs pour abattre les présumés suspects : « Que leur bras ne tremble pas ! », concluait-il.

Un prieur confirmé dans ses fonctions

Il n'y eut aucune sanction connue, aucun rectificatif ni démenti public de la part de l'abbé de Cacqueray qui supervise en France tous les bulletins (seulement une mise au point interne protégeant l'abbé auteur du dérapage). Ce prieur, proche du supérieur de district, n'a pas été muté ni démis de ses fonctions ; surtout, coïncidence inouïe, son exigence rejoint objectivement l'action des supérieurs de la Fraternité, puisque les deux têtes des abbés Laguérie et Héry, désignés comme ennemis publics par certains alliés de ce prieur dans sa guerre picrocholine, ont été sommairement tranchées cet été. Rétrospectivement, Le Bachais éclaire la crise déclenchée par Menzingen autour de Saint-Éloi en août 2004.

Un ton qui sort de la norme et convient mal à l'esprit de la Fraternité

Aujourd'hui, alors que l'ensemble des prêtres et des fidèles aspirent à la paix, le n° 56 dudit bulletin récidive (déc. 2004). En donnant libre cours aux écarts de langage et à l'invective contre des prêtres, il n'incite pas à la charité : un ton pleinement assumé par son auteur - il ne s'agit plus de dérapage - qui convient mal à l'esprit sacerdotal de la Fraternité et sort de la norme admise.
Au risque de s'immiscer dans les rapports entre la Curie romaine et la Maison Générale, Le Bachais va jusqu'à traiter le cardinal Castrillon, interlocuteur à Rome de Mgr Fellay, « d'engeance de vipère » ! Aucun argument ne vient élever l'esprit ou étayer le propos imprécateur : « Le fouet, il va donc falloir le manier un peu, sur l'échine des blasphémateurs néo-païens et de leurs affidés. » Le fouet de l'homme en colère accomplit-il la justice de Dieu ? Il y eut des saints qui se flagellaient eux-mêmes par pénitence. Ici, il s'agit d'autre chose. À chacun de discerner les esprits.

Incitation à la « guerre inexpiable »

« Tant que justice n'aura pas été rendue, déclare encore Le Bachais […] il y aura une guerre inexpiable […] J'attends toujours, avec calme et confiance, le règlement prochain de cette lamentable querelle qui divise la Tradition. » Cette justice-là fait froid dans le dos : elle tuerait père et mère et fait songer, non aux bons saints de chez nous, mais à Saint-Just ou aux Justes d'Albert Camus, ces héros poseurs de bombes aux intentions pures, d'une pureté toute idéologique. Qu'est-ce que la justice sans bonté ? Qu'est-ce que la sainteté sans charité ? Emballement, aveuglement et dureté.

Bienheureux les artisans de paix. Le prieur de Grenoble déplore une guerre à laquelle il appelle en écumant. Fort de son expérience de 4 années de sacerdoce, à nouveau, il met en demeure les supérieurs. L'abbé de Cacqueray est mis au pied du mur. Soutiendra-t-il son jeune ami prieur ou l'enverra-t-il comme d'autres à Bellaigues ou au-delà des océans ? Prions le ciel d'éclairer l'un et d'apaiser l'autre.