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"Sensus Fidei" répond au "Libre Journal" de Serge de Beketch - 27 décembre 2004

Lettre Ouverte au directeur de la rédaction du "Libre Journal"

Cher Ami,

Je viens de lire dans le "Libre Journal", avec un peu de retard, un article intitulé "la Fraternité en péril" [1] qui m’a beaucoup surpris.

On y apprend tout d’abord, en effet, l’existence d’une crise qui serait due à la "rébellion" du Prieur de Bordeaux. Or, vous le savez bien vous-même, il n’y a là aucune "rébellion". L’Abbé Laguérie a été frappé publiquement d’une sanction et il en a fait appel ce qui est son droit le plus strict. Cet appel étant suspensif, il garde donc ses titres et prérogatives, face aux "autorités naturelles" de la Fraternité. Il n’y a là rien que de très légal et, plus encore, légitime.

Au passage, l’on peut se demander en quoi les autorités de la Fraternité seraient "Naturelles" ? Elles sont légales tout au plus - les contrats faisant la loi entre les parties - et cette légalité n’est que temporaire puisque le supérieur général va voir son mandat prendre fin dans dix huit mois (ce qui peut, d’ailleurs, expliquer bien des choses). "L’autorité naturelle" est ici un mot dépourvu de sens, ou plutôt il a pour objet de renforcer la dite autorité, manifestement mal en point.

Il est ensuite procédé à un amalgame entre le dossier Laguérie et d’obscures querelles concernant la "Gnose" - dont vous ne connaissez que trop bien les origines - ou une fuligineuse "Nouvelle Droite" qui n’ont rien à voir avec l’affaire qui nous occupe, si tant est qu’elles aient une réelle consistance.

Quant à la "volatilité d’humeur" qui conduit à "s’enflammer pour une cause désastreuse", le terme relève d’une bien basse polémique. La "cause" n’a rien de "désastreuse" : elle est exemplaire et ce n’est pas une "volatilité d’humeur" mais, au contraire, la fidélité à la raison d’être apostolique de la Fraternité qui conduit à la défendre. La dérive de celle-ci vers une sorte d’enfermement (l’auteur parle d’ailleurs - chose révélatrice entre toutes - d’un "donjon de la chrétienté"), dérive qui a pour alibi la sanctification individuelle n’est, en effet, que trop évidente et met en cause sa finalité c’est à dire enfin de compte sa survie.

Cette dérive est si marquée qu’elle a été d’ailleurs mise en cause, et fermement condamnée, par le sermon de Mgr Williamson à Saint Nicolas du Chardonnet, le 17 octobre 2004. Aussi, on ne peut qu’être stupéfait en constatant que l’auteur de votre article n’en retient qu’une allusion au "canot de sauvetage" de la Fraternité. Il y a là une mutilation, et donc une manipulation de texte, qui ne peut qu’être sévèrement jugée, et disqualifie celui qui y a eu recours comme la cause qu’il voudrait défendre. Et, du reste, pourquoi donc la diffusion de ce sermon reste-t-elle toujours interdite à Saint Nicolas ?

Qualifier alors de "Pronunciamiento" le fait de reconnaître une telle crise, et de combattre pour quelle soit traitée au fond, est donc paradoxal. Certes, c’est le vieux procédé des hiérarchies aux abois que de nier les réalités qui dérangent, de recourir à l’argument d’obéissance - celui qu’on utilise quand on n’en a plus d’autres - et de crier à la division et à l’infidélité lorsque l’on tente de réparer ses fautes. Mais c’est aussi un vieux procédé de transformer les victimes en coupables, d’exclure des prêtres de façon injuste et illégale pour proclamer ensuite "qu’ils échappent" à la juridiction ecclésiastique du "District de France" (le "District" ayant un D majuscule pour faire plus majestueux) et de proclamer, avec un parfait cynisme, que ces prêtres "nous quittent" (dixit la Fraternité) alors qu’on les a chassés ! Ces procédés dénoncent ceux qui les utilisent car ils sont ceux de tous les despotismes, mais ils sont utilisés jusqu’à la corde à laquelle ils finissent d’ailleurs souvent par se pendre.

Dans cet esprit, ou plutôt cette absence d’esprit, le recours à la grande ombre de Mgr Lefèbvre ne peut abuser personne, alors que c’est lui qui a nommé l’Abbé Laguérie à la tête de Saint Nicolas du Chardonnet et l’a toujours soutenu dans ses efforts qui ont fait de cette église "Le phare de la Chrétienté" phare hélas ! bien fissuré de nos jours. La "Voie droite", celle de la "Fidélité", celle qu’il nous a enseignée et qu’il a appliquée, elle est bien simple et pourtant bien forte. Elle consista à n’accepter aucune dérive, aucune déviation, venant d’une autorité, même si elle lui était supérieure, et à braver procès d’intention, condamnations et même excommunications pour rester au service de la Vérité ! C’est aussi ce qu’ont fait nos prêtres aujourd’hui persécutés par leur hiérarchie, comme il l’a été en son temps par la sienne. Ce sont eux qui sont authentiquement fidèles à ses leçons, à son témoignage, à son souvenir. Faut-il rappeler que lorsque nous avons rétabli le culte catholique à Saint Nicolas du Chardonnet, en 1977, nous fûmes désavoués par la Fraternité de l’époque, Mgr Lefèbvre étant alors aux États-Unis, mais que, dès sont retour, celui-ci envoya au contraire à Mgr Ducaud-Bourget ses chaleureuses félicitations ?

Fasse Dieu que cette crise, qui ternit singulièrement "le bijou ciselé" (sic) de la Fraternité, trouve une solution digne de son Fondateur. C’est dans cette perspective, cher ami, que je vous assure de mes sentiments les plus cordiaux en vous souhaitant de saintes et joyeuses fêtes de Noël.

Yves Amiot


[1] LE LIBRE JOURNAL page 7 du n°337 du 4 décembre 2004 - Article intitulé La Tradition - La Fraternité en péril ?, signé par Michel de l’Hyerres