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"De saint Pie X à Pie XI" - Bertrand Le Noac’h - 20 janvier 2005

Repris du Mascaret de janvier 2005.

Saint Pie X avait porté un rude coup au modernisme lors de son pontificat. Mais ce dernier allait redresser la tête lorsque Pie XI condamna l'Action Française, en l'accusant, par l'intermédiaire de l'archevêque de Bordeaux, de vouloir rétablir le paganisme et le servage. Pas d'autres arguments que la basse calomnie répandue en sous mains. Les sanctions les plus rudes étaient appliquées au nom de l'obéissance et du respect de l'autorité. Tandis que le nonce apostolique assistait aux obsèques d'Aristide Briand, on voyait des catholiques enterrés civilement, des prêtres censurés pour avoir donné les derniers sacrements à leurs parents, des mariages et des baptêmes clandestins. Les séminaires faisaient l'objet d'une épuration sauvage, prêtres, évêques, jusqu'au Cardinal Billot, étaient écartés, pour faire place à la grande œuvre entreprise : la mise en place des mouvements d'action catholique. On sait comment l'affaire s'est terminée : au chant de l'Internationale.

Voilà comment, par pur calcul politique, a été mis en péril jusqu'à la foi catholique. En persécutant les défenseurs les plus intransigeants de la cité catholique pour complaire au pouvoir civil, les autorités ont permis aux catholiques libéraux, bien au-delà des ligueurs, d'écarter tous ceux qui s'opposaient à leur entreprise, nous en payons encore le prix.

Car si Pie XII avait permis à la paix de revenir dans l'Eglise, il ne fallut pas longtemps après sa mort pour que reprenne la chasse à tout ce qui semblait trop intégralement catholique. Le paroxysme fut atteint dans la tourmente conciliaire. Combien de prêtres, écartelés entre l'obéissance à la hiérarchie et la fidélité à leur engagement, en sont morts de chagrin ?

Comment admettre de devoir subir aujourd'hui de nos propres frères ce que nous avons subi de nos adversaires sans craindre que les mêmes effets soient produits par les mêmes causes ? Car quels arguments doctrinaux ou de droit peuvent être avancés pour traiter prêtres, clercs, et fidèles comme les pires des excommuniés, parce qu'ils s'opposent à la volonté de puissance d'une petite coterie qui se prétend propriétaire de la Tradition. Il est vrai que beaucoup de parents qui maltraitent leurs enfants étaient eux-mêmes des enfants battus. Mais la dimension surnaturelle de l'œuvre entreprise ne devait-elle pas nous mettre à l'abri d'un tel schéma ?