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"A propos du débat sur la laïcité - « Oh ! pardon… »" - Jean Madiran - 12 février 2005

Article de Présent du 12 février 2005

Le vase où meurt cette verveine / D’un coup d’éventail fut fêlé /

Le coup dut l’effleurer à peine / Aucun bruit ne l’a révélé…

(Sully Prudhomme)

Aucun bruit ne l'a révélé ? Et pourtant un hebdomadaire ami, d'ordinaire plutôt confraternel (ce qui, dans le journalisme, n'est pas fréquent) s'en est fait l'écho retentissant.

Une étourderie, sans doute.

Une inadvertance.

Par mégarde, un coup d'éventail en somme. Une légèreté, une distraction. Mais c'était donner corps et publicité à ce qui aurait pu rester une boutade privée ou une rumeur discrète; c'était commencer à authentifier une sentence injustement méprisante:

- Cette journée du 6 février sur a laïcité et chrétienté », enfin ! il était temps que, sur la laïcité, les catholiques sortent de leur silence !

Ce fut une journée très dense et très réussie, une juste manifestation, dans le débat public, de l'identité catholique, d'où la satisfaction de ses organisateurs et animateurs, au point excessif toutefois où l'un d'entre eux en vint à s'imaginer ce qui a finalement trouvé cette regrettable forme imprimée:

- Jusqu'à ce jour [du 6 février 2005] il faut bien reconnaître que les catholiques étaient restés étrangement discrets sur le sujet.

Incroyable !

Ce qui est véritablement « étrange », et qu'il « faut bien reconnaître » comme tel, c'est de croire et prétendre qu'il n'y avait eu en somme, jusqu'au 6 février, aucune réaction catholique sur la question.

Les réactions catholiques à la nouvelle laicité ont pourtant été nombreuses, dynamiques, fortement argumentées.

Le CENTRE CHARLIER avait tenu un colloque d'une journée, le 31 janvier 2004, avec des exposés de fond dont plusieurs ont été recueillis dans son magazine mensuel Reconquête. (On entendit notamment Georges-Paul Wagner, Raymond Marchand, Jeanne Smits, Richard Haddad, Yves Daoudal et le président Bernard Antony.)

En avril 2004 paraissait l'ouvrage synthétique de Rémi Fontaine, préfacé par Dom Gérard : La laïcité dans tous ses débats, sous-titre: christianisme et laïcisme en dix cas d 'école (Editions de Paris).

Du 11 au 14 juillet 2004 avait lieu la XIIIe université d'été de RENAISSANCE CATHOLIQUE sur « le piège de la laïcité » (avec notamment les conférences de Jeanne Smits, Jean Sévillia, Daniel Hamiche, Serge de Beketch, André Frament, Hugues Petit, Philippe Conrad, Claude Rousseau, Arnaud Jayr, I'abbé Bruno Schaeffer, Frank Bouscau, et le président Jean-Pierre Maugendre). Les actes de cette université seront prochainement publiés.

Il y a eu aussi sur la question les travaux de l'ACTION FAMILIALE ET SCOLAIRE (AFS), et d'autres encore, qui ont été signalés au fur et à mesure dans Présent.

Car, oui, quand on veut savoir par exemple si la nouvelle religion d'Etat, dénommée laïcité républicaine, a rencontré des réactions politico-religieuses carrément catholiques, eh bien, disons-le, ce n'est pas dans Le Figaro, magazine ou non, qu'on les trouvera. Ce n'est pas non plus dans La Croix; c'est dans l'autre journal catholique, le seul autre quotidien qui soit, et qui le montre, matériellement politique et formellement catholique; le seul qui effectivement ait été chaque jour sur la brèche, chaque jour au contact sur la laïcité, depuis qu'en 2002-2003 s'était annoncé le nouveau déferlement, et qu'en effet il y eut la commission Stasi, la nouvelle doctrine républicaine sur la laïcité exposée par le grand discours présidentiel du 17 décembre 2003, et le très révélateur « exposé des motifs » de ce qui allait devenir la loi du 15 mars 2004. Sur tout cela et tout ce qui s'ensuit, les lecteurs de Présent ont été, au fur et à mesure, avertis, informés, alertés; et intellectuellement armés pour y faire face.

C'est aussi dans Présent qu'on a pu lire, également au fur et à mesure, en quoi et comment les diocèses français, à deux ou trois exceptions près, ont été laissés dans un lamentable désarmement intellectuel.

Alors, s'il vous plaît, refermez votre éventail.