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Joël Prieur (Minute) répond à Jean Madiran (Présent) - 16 février 2005

Article repris de Minute, 16 février 2005

Cher Jean Madiran,

Vous me faites les honneurs de la Une de « Présent », votre quotidien et aussi notre quotidien, dans le numéro du 12 février. Vous me reprochez d’avoir écrit, à propos de la Journée du 6 février sur la laïcité, qui réunit au Palais de la Mutualité près de 2000 personnes : « Il était temps que, sur la laïcité, les catholiques sortent de leur silence ». En articulant cela, j’aurais, selon vous, injustement passé sous silence le combat du journal « Présent » depuis sa création et plusieurs manifestations traditionalistes d’envergure, qui ont marqué les trois dernières années. En exergue à votre article, vous citez opportunément Sully Prudhomme, pour donner corps à cette querelle : « Le vase où meurt cette verveine d’un coup d’éventail fut fêlé » Je dois dire que le vase et la verveine évoquent en mon esprit tout un magasin de porcelaines précieuses,dans lequel je risque fort, selon ma détestable habitude, de jouer l’éléphant. Pour conjurer ce risque, j’aurais donc préféré laisser Mallarmé riposter à Sully Prudhomme, en scandant son : « Ptyx,/ Aboli bibelot d’inanité sonore », à propos de cette tisane et surtout de son contenant. La suite du sonnet est éloquente et pour moi, en l’occurrence, tentatrice : « Car le maître est allé puiser des pleurs au Styx/ Avec ce seul objet dont le Néant s’honore ».

Mallarmé parle ici d’un maître, et je le dis ici avec fierté, ce Maître, pour moi, c’est vous, vous qui dans Les deux démocraties avez démontré la nature religieuse de la laïcité soi-disant politique, la nature religieuse et antichrétienne de cette démocratie que vous dites moderne et qui s’épanouit dans le culte de l’homme qu’elle nomme un droit. Maurras avait perçu cette « démocratie religieuse ». Il n’en avait jamais démonté les rouages. Vous l’avez fait et vous êtes revenu dernièrement dans « Présent » sur cette démonstration, en montrant combien l’actualité la plus brûlante confirmait chaque jour ces hautes analyses. Dans le grand combat contre la laïcité, cette idéologie française, vous nous avez offert votre rude dialectique et votre clarté analytique, si crue. Prenez donc cette phrase de trop comme un pas de clerc parmi bien d’autres dans cette chronique hebdomadaire. Vous ne m’empêcherez pas de croire, quitte à l’écrire, comme le fit Mallarmé, sur un éventail vite refermé, que cette querelle n’a d’objet que celui dont le Néant s’honore...