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Réponse à l'abbé de La Rocque 1er volet - "Les séminaires, un prétexte ?" - 02 mars 2005

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Réponse à M. l'abbé de La Rocque par M. l’abbé Laguérie

1 er Volet

Il me paraît important pour la vérité d'apporter à l'étude que M. l'abbé de La Rocque vient de consacrer à « l'affaire Laguérie » et qui a été largement diffusée à la sortie des messes ici ou là, à Notre dame du Bon conseil notamment, une réponse circonstanciée, dont voici simplement le premier volet. D'autres suivront, dans les prochains jours, selon le temps que me laissent le ministère à la paroisse Saint-Eloi et les travaux en cours...

M. l'abbé de La Rocque, on le sait, est souvent mandaté par l'actuel supérieur général de la Fraternité Saint Pie X, Mgr Bernard Fellay, pour écrire ceci ou cela, en puisant des arguments solides dans sa science théologique. Après l'œcuménisme, l'affaire Laguérie, pourquoi pas ? Quel honneur ! Sa qualité de porte-plume n'empêche pas que l'on ait de l'estime pour le prieur de Toulouse. Sa lettre aux prêtres a été incontestablement une bonne idée ; son zèle pour la maison de Dieu est bien connu de tous. Quant à moi, je l'ai eu comme élève en des temps fort anciens. Autant dire que dans ce long exposé de six pages, je ne vois pas seulement mon juge et mon jugement, mais plutôt une expression (hélas un peu maladroite) de cette ardeur dévorante qui caractérise le ministère de Patrick de La Rocque. Son empressement à se trouver aux côtés de son supérieur - en ces temps troublés - est à la vérité tout à fait compréhensible. Honni soit qui mal y pense !

N'empêche ! On a envie de lui crier : n'en jetez plus la cour est pleine...

Dès les premiers paragraphes de ce factum, le décor est planté. On s'installe dans une atmosphère tristement familière, celle du procès d'intention et de la dénonciation facile d'un “complot”. Dans une mise en scène un peu théâtrale, épousant le rythme des saisons : été, automne, hiver, l'abbé nous annonce que « les masques sont tombés » : « Il faut commencer par le reconnaître : la supposée affaire des séminaires ne fut que prétexte ».

« La supposée affaire des séminaires ne fut que prétexte »

« La supposée affaire des séminaires »... Supposée, dites-vous ? M. l'abbé, cher Patrick, vous ne disiez vraiment pas cela au mitan de l'été. Il y a des témoins, il y a des confrères qui vous ont entendu tenir un tout autre langage. Et comment expliquer votre volte-face ? Aujourd'hui, alors qu'il reste une quarantaine de séminaristes à Ecône et qu'un séminariste de 5ème année vient encore de partir, parler d'une supposée affaire, c'est attacher bien peu de prix au rayonnement de la Fraternité Saint Pie X. « Les jours s'écoulent paisibles à Ecône ». Serait-ce la paix des cimetières que vous exaltez ainsi ? Je crois que si Mgr était encore de ce monde, il ne prendrait pas à la légère, comme vous affectez de le faire, cette hémorragie, qui semble ne jamais devoir cesser. Au lieu de laisser pourrir la situation sans prendre aucune décision, il aurait à cœur de redresser la barre.

Le plus triste, c'est que vous-même, cher Patrick, vous savez très bien en votre for intérieur de prêtre de Jésus-Christ et de membre de la Fraternité Saint Pie X, que cette affaire n'est pas “supposée” et qu'affaire il y a de fait. Après l'avoir balayée d'un revers de main page 1, dès la page 2, comme pris de remords, vous y revenez. Et vous justifiez vos supérieurs par un argument opportunément repris à la rhétorique épiscopale des années Soixante-dix. Vous mettez en cause, en utilisant deux fois la même expression, « une relative inadaptation de notre séminaire francophone à la jeunesse qui désormais s'y présente ». Pour justifier votre diagnostic de style “néo-70”, vous enchaînez sur une lapalissade : « Cette jeunesse d'aujourd'hui ne peut être identifiée à celle qui, voici trente ans, franchissait les portes d'Ecône ». M. l'abbé, la question n'est pas là ! Nos jeunesses, à vous et à moi, ne se ressemblent pas non plus, et nous avons pourtant reçu, avec fruit, la même formation et le même esprit, celui de notre fondateur, qui, parce qu'il s'enracine dans la Tradition la plus profonde, défie le temps qui passe. Cessons de gloser sur l'adaptation de nos séminaires ! Si une difficulté se rencontre, ce n'est pas l'ordre de nos séminaires qu'il faut mettre en cause, ce n'est pas non plus la mauvaise qualité de la jeunesse qu'il convient d'invoquer, mais nécessairement l'aptitude des éducateurs à remplir leur mission ! Cela est vrai de toutes les œuvres d'éducation, et a fortiori de l'éducation des futurs prêtres. Le cadre de cette éducation, la sagesse de Mgr Lefebvre l'a défini à l'avance (avec quelle précision !) dans le fameux règlement qu'il a édicté à l'usage des séminaires de la Fraternité Saint Pie X... Vous invoquez le renforcement du cursus par une année de spiritualité, (intervenu en 1982), comme étant le précédent légitimant d'autres serrements de vis rétrécissant ce cadre.

Quand on veut en faire plus que le fondateur, on en fait toujours trop.! Et quand on fait trop, on fait mal... Réfléchissez-y. Le remède à la « supposée affaire des séminaires » qui tous comptes faits vous préoccupe tant, n'est pas dans un serrement de vis, comme vous semblez l'indiquer, mais dans une fidélité plus intérieure à l'esprit de notre fondateur, qui est l'esprit de Jésus-Christ lui-même. Arrêtons de penser que l'on va s'en sortir en ajoutant règlements sur règlements. La vraie réforme est intérieure, elle nous concerne tous, à tout instant. Au lieu de s'en prendre à notre valeureuse jeunesse traditionaliste, au lieu de condamner à l'avance ceux qui osent frapper à la porte de nos séminaires, en les traitant comme des minus habens décidément inaptes, sachons leur transmettre modestement ce que nous avons reçu et laissons agir en eux la grâce de Jésus Notre Seigneur. Il saura bien, Lui, faire de ces jeunes ses prêtres ! Ayons cette confiance en la grâce et en a charité de notre Sauveur. Et puissions-nous redire : Et nos credidimus caritati !

Un prétexte... Mais pour qui ?

Cette « supposée affaire » vous a beaucoup occupé. Mais il faut encore considérer l'usage que vous en faites dans cette étude. Vous affirmez qu'elle n'a été qu'un « prétexte ». Fort bien : je puis vous affirmer devant Dieu que jamais, quant à moi, je n'ai considéré le rayonnement de nos séminaires comme un prétexte. Jamais non plus je n'ai cherché à me servir de cette affaire bien réelle et non « supposée » pour atteindre quiconque. Mais si ma bonne foi (Deus testis est) est entière, vous avez sans doute raison de parler de prétexte.

Cette « supposée affaire des séminaires » a servi de prétexte à Mgr Fellay, comme il me l'a dit lui-même et comme il l'a reconnu devant l'abbé de Tanoüarn et Mgr Williamson. J'entends encore l'actuel supérieur de la Fraternité me glisser : « Si cela n'avait tenu qu'à moi, vous n'auriez pas été muté au Mexique, vous auriez gardé votre poste de Prieur et je vous aurais simplement retiré le titre de doyen d'Aquitaine ». Quant à l'abbé de Tanoüarn, il m'a confié qu'alors qu'il demandait à Mgr Fellay et en présence de Mgr Williamson, les raisons de mon exclusion en soulignant que, selon lui, l'affaire des séminaires devait être un prétexte, avoir entendu Mgr Fellay répondre avec cette sérénité qu'on lui connaît parfois et ce sourire qu'on lui voit souvent : « Disons qu'on s'en est servi ».

Nanti de ce double confirmatur du supérieur, je conclurai donc comme vous, mais à l'envers et en m'en tenant non aux intentions (que je me garde de juger) mais aux termes mêmes qu'a utilisés notre supérieur général : l'affaire des séminaires a servi de prétexte pour justifier des exclusions qui étaient programmées. C'est en tout cas ce que l'on peut tirer de ses propres paroles, sans du tout en forcer le sens. Et c'est ce qui explique pourquoi, dès la fin du mois d'août, précisément en la fête de saint Louis, l'exclusion de l'abbé Héry et même celle de l'abbé de Tanoüarn avaient été prononcées - avec une étrange hâte - par notre supérieur en personne.

Si je reviens aux saisons énumérées par M. l'abbé de La Rocque non sans emphase, je remarque qu'il en a oublié une. Il a oublié le printemps. Souhaitons que ce printemps 2005 soit pour la Fraternité saint Pie X un printemps de vérité et de force surnaturelle, et que chacun, moi le premier, au besoin, sache reconnaître ses torts là où ils sont.

Ce 2 mars 2005.

(À suivre)

Abbé Philippe Laguérie