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Lettre ouverte de l'Abbé Aulagnier à Mgr Fellay - 15 mars 2005

Monseigneur,

  
Il est heureux que vous ayez rendu publique, à Noël 2004, votre lettre du 6 juin 2004 au cardinal Castrillon Hoyos, préfet de la Congrégation pour le Clergé. Vous répondez à sa lettre du 30 décembre 2003, « lettre de vœux et de nouvelle proposition », dites-vous. Vous pouvez imaginer l’attention avec laquelle  je vous ai lu. La question romaine est, de fait, capitale pour la FSSPX, et la « Tradition »,  .  Votre réponse est réfléchie. On sent que chaque mot est pesé. Elle est importante.  Après mûre réflexion, je n’attendrai pas davantage pour vous faire part publiquement, en toute déférence, des remarques qu’elle a éveillées en moi tout naturellement. Votre lettre du 6 juin 2004 a donc pour objet : nos « relations avec Rome ». C’est là un sujet de discussions et de tracas depuis trente ans pour notre chère Fraternité  - souffrez que je me considère toujours membre, sinon de fait…du moins de cœur -  et dont l’enjeu est capital pour la Tradition catholique. Tout en refusant avec raison  - et habileté – les propositions actuelles venant de Rome, votre réponse au cardinal présente de nouvelles conditions générales qui garantiraient selon vous un accommodement futur. Elle n’est donc pas une lettre de rupture. Et sous ce rapport, vous pouvez imaginer combien je m’en suis réjoui.  Il me semble cependant que les conditions d’accommodement que vous proposez au cardinal, dans un souci de ferme diplomatie, dessinent les contours d’un « accord »  - c’est votre mot  -  flou, présentant un danger de faiblesse et sous ce rapport certainement défavorable à la Tradition.  La publication de votre lettre, sur ce sujet d’importance, m’incite en retour à rappeler de mon côté, m’inspirant de la pensée de Mgr Lefebvre, les conditions qui me paraissent essentielles pour une pleine « reconnaissance » - ne parlons pas d’ « accord », si vous le voulez bien -  de la Fraternité ( et des communautés amies) et de la Tradition par le Vatican. Je les avais, du reste, déjà rappelées, alors que je me trouvais encore à Bruxelles en 2001. (D.I.C.I n° 28 du 9 novembre 2001) 

 

1) la levée de l’excommunication

 Naturellement, la demande que soit retiré le décret d’excommunication de nos quatre évêques doit être maintenue avec absolue fermeté, comme vous l’exprimez justement. Vous savez combien j’ai soutenu  vigoureusement cette  condition préalable, telle que l’avait exprimée le père Rifan à Menzingen, le 13 janvier 2001.

 

2) La Fraternité doit offrir la liberté de la Messe traditionnelle à tout prêtre catholique.

 Bien sûr, vous rappelez au cardinal Castrillon Hoyos l’autre condition, préalable à toute « reconnaissance », que j’avais suggérée moi-même lors de la même réunion du 13 janvier 2001 à Menzingen : que le plein droit de la Messe de Saint Pie V soit rétabli partout et que la liberté de célébrer ce rite soit affirmée sans condition à tout prêtre catholique latin, sans empêchement de son Ordinaire.  Le rite de cette messe est une coutume « immémoriale » jamais abolie, et surtout pas par la Constitution apostolique « Missale Romanum » de Paul VI., de 1969.  S’y opposer serait commettre un « abus de pouvoir ». Je reste plus que jamais pleinement d’accord sur l’objectif que constitue ce retour du « plein droit » de la Messe, pour toute l’Eglise et non seulement pour nous. Ce sera , du reste, le thème fondamental du livre que je vais bientôt publier : « L’enjeu », petite anthologie ou mieux petite « Somme » sur la messe, son « droit ».  Vous offrez, pour parvenir à une « reconnaissance », de respecter une progression par « étapes ». Vous avez, me semble-t-il, raison…C’est le « souhait » que je vous avais exprimé par lettre quelques jours après « notre » si importante réunion du 13 janvier 2001. Il semble, en effet, bien difficile d’imaginer un retour instantané à la pleine liberté pour la Messe de « toujours »…tant les oppositions sont encore fortes dans le monde épiscopal. Je pourrais vous en parler ! Cependant, il m’a semblé déconcertant qu’au même moment où vous rappelez au cardinal cette légitime exigence de liberté, vous interdisiez tous les autels de la « Tradition » à trois de vos prêtres, parmi les plus anciens  - comme je subis moi-même ce préjudice depuis octobre 2003 ; en qualifiant même « d’illicite » leur ministère, ce que, vous le savez, Mgr Lefebvre n’a jamais dit d’aucun des prêtres ordonnés par lui et qui l’avait quitté.  Si à l’échelon de la FSSPX, vous refusez cette liberté de célébrer la messe traditionnelle que vous réclamez pour tout prêtre, auprès du Saint-Siège, comment espérez-vous l’obtenir de lui pour l’Eglise entière ? Le cardinal Castrillon Hoyos peut-il vraiment vous écouter dans ces conditions ? Ne faut-il pas  balayer d’abord devant sa porte ?  

 

3) « Hiérarchie parallèle » et risque de dérive schismatique.

 Vous protestez avec raison que la Fraternité reconnaît le Pape et n’a aucune intention de se séparer de Rome. Cette affirmation a l’accent de la sincérité. Vous vous exprimez même avec émotion… Cependant, au sujet de la juridiction actuelle dans la Fraternité, un point capital me paraît devoir être éclairci. Votre volonté louable et clairement exprimée devant le cardinal de «  ne pas monter de hiérarchie parallèle » est malheureusement bien mise à mal par la récente déclaration officielle diffusée par le District de France et signée de M. l’abbé Patrick de la Rocque, votre proche collaborateur : « Il existe bien dans la Fraternité une juridiction ordinaire qui descend du pape ( même à son corps défendant sic !) au supérieur pour lui permettre, entre autres, l’incardination de ses membres. » (in « l’affaire de Bordeaux ».Les enjeux d’une crise.p.6) Monseigneur ! Je n’ai jamais lu cela sous la plume de Mgr Lefebvre…Je ne l’ai jamais entendu dire cela…Même pas dans la conférence qu’il donnait sur ce sujet aux diacres, le 9 juin 1979, quelques jours avant leur ordination.  Il invoquait le Droit Canon, les circonstances extraordinaires dans lesquelles il se trouvait par suite de la suppression abusive de la FSSPX par Mgr Mamie, le bien des fidèles et le salut des âmes, la théologie dite : « Ecclesia supplet », mais  nullement une juridiction « ordinaire » lui venant du Pape. Cela, il ne l’a jamais dit.  Mais les conséquences de cette affirmation de M. l’abbé de La Rocque sont graves : 

 

Premier inconvénient majeur de cette théorie nouvelle, pour le moins « partielle et partiale », si l’on reprend ses propres termes : elle laisse à l’écart et dans l’ombre l’incardination des prêtres membres des « communautés amies » qui n’ont jamais été reconnues officiellement par Rome : leurs sociétés dépendent-elles actuellement de votre « juridiction ordinaire » personnelle ( mais alors à quel titre ?), ou la tiennent-ils directement du pape, comme vous même, « à son corps défendant » ?

Deuxième inconvénient majeur : affirmer que vous, supérieur général, détenez du pape par voie hiérarchique une juridiction « ordinaire », quand ce même pape refuse de vous la conférer dans les faits, me paraît contraire au bon sens. Une « juridiction ordinaire » du Supérieur général sur les membres prêtres, qui ne lui est pas conférée officiellement, ni par le Saint-Siège ni par les Ordinaires, est simplement « extraordinaire ». Devant cette évidence, le pouvoir d’incardiner que Mgr Lefebvre reconnaissait à la Fraternité, pour valide qu’il soit puisqu’il fut irrégulièrement retiré en 1976, relève évidemment d’une forme de suppléance, le Pape ne la donne pas « à son corps défendant »,  mais par le Droit qu’il a lui-même promulgué (canon 19) – l’Eglise supplée.

 C’est ce que nous expliquait  Mgr Lefebvre, lui-même, dans la conférence qu’il faisait  à l’occasion des « 20 ans de la FSSPX ». Et que de fois, nous a-t-il parlé de cette suppléance de l’Eglise  pour régler le problème de la juridiction en période de crise…Nous en ferions un volume… Malheureusement, votre conseiller, M. l’abbé de La Rocque, ne s’en tient pas là. Il ajoute : « Il ne peut y avoir d’exercice habituel de la juridiction, fusse-t-elle (sic) de suppléance, sans incardination préalable. » Il invente. Il invente  que l’incardination serait un « préalable » nécessaire à l’exercice du droit de suppléance. On ne trouve rien de tel dans le Droit de l’Eglise ni d’ailleurs chez Mgr Lefebvre. C’est une théorie nouvelle et sans fondement. Dans la plaquette « Des sacres à Ecône, un schisme ? »  que je fis publier avant les sacres de 1988 aux éditions Fideliter, et que Mgr Lefebvre a recommandée, on peut lire : « La juridiction de suppléance ne connaît pas d’autres limites que le besoin des fidèles. » Ce fut toujours la position de la FSSPX et de nos amis-prêtres du diocèse de Campos au Brésil. J’ai  édité en  France la plaquette de la Fraternité saint Jean Marie Vianney, qui, sur ce sujet, expose  même doctrine. « Les laïcs ont le droit de recevoir d’un clerc, conformément aux règles de la discipline ecclésiastique, les biens spirituels et spécialement les secours nécessaires au salut (canon 213 du Code de Droit Canonique)
A ce droit des fidèles correspond, chez les prêtres, le devoir de charité imposé par le droit divin naturel et positif, qui les oblige sous peine de péché mortel à secourir les âmes dans ce grave état de nécessité spirituelle. Et aucun pouvoir ne peut s’opposer à ce devoir.
Saint Thomas affirme 
: «  La nécessité comporte la dispense, parce que la  nécessité ne dépend pas de la loi » (I II 96 6), « les dispositions du droit humain ne peuvent jamais contrarier le droit naturel, ni le droit de Dieu » (I II 66 7). On trouve plus loin, à nouveau,  une citation  de Saint Thomas d’Aquin : « Tout prêtre, explique saint Thomas, en vertu du pouvoir d’ordre, à  le pouvoir indifféremment sur tous les hommes et pour tous les péchés ; le fait de ne pouvoir absoudre tous les hommes de tous les péchés dépend de la juridiction imposée par la loi ecclésiastique. Mais, puisque « la nécessité n’est pas sujette à la loi (cf Concilium de obser. Ieium. De Reg. Iur. V Decretal c4) en cas de nécessité, il n’est pas empêché par les dispositions de l’Eglise d’absoudre vraiment sacramentellement, étant donné qu’il possède le pouvoir d’ordre » (S TH. Supplementum Q 8 a 6) « Ecclesia supplet : la suppléance est aussi prévue, en certains cas, pour suppléer au défaut d’incardination des clercs.
 Il ne vous suffit pas, Monseigneur,  de protester de votre bonne foi. Mgr Lefebvre, le 30 juin 1988, a clairement affirmé son intention de sacrer quatre évêques sans leur transmettre aucune juridiction, ni ordinaire, ni déléguée, pour incardiner ou gouverner les prêtres et les fidèles. Il a clairement précisé que les quatre évêques  de la Fraternité ne peuvent s’appuyer que sur une simple juridiction de suppléance, afin de conférer les ordres et la confirmation. Ainsi, c’est dans la mesure où vous ne revendiquez aucun pouvoir de juridiction ordinaire habituel sur des lieux ou des personnes que vous vous gardez du schisme, que vous nous gardez du schisme ; vous, nous et les « communautés amies »…   Par contre, la nouvelle position défendue par votre conseiller occasionnel et privé, M. l’abbé de La Rocque, jette le trouble : au delà de son incongruité – son « papier »…quelle prétention !  - elle vous prête objectivement un pouvoir apostolique invisible et laisse planer sur la Fraternité un grave soupçon de « hiérarchie parallèle », descendant de Pierre à l’insu du pape, et formant certes à votre « corps défendant », une occasion prochaine de dérive schismatique. C’est, vous le savez,  ma grande crainte. Que de fois, nous en avons parlé, et en privé et au Conseil Général de la FSSPX que vous présidez.  

 

4) « J’accuse le Concile » : les déviances  de Vatican II ne sont pas « subséquentes »

 Il me faut aussi aborder un autre point très important : celui de la doctrine. Vous mentionnez à juste titre, les « hérésies », « les scandales liturgiques » que les fidèles ont eu à subir depuis trente ans :  « La plupart de nos prêtres et fidèles ont dû faire face, dites-vous, directement à l’hérésie, souvent au scandale liturgique grave, provenant de leurs propres pasteurs, tant des prêtres en charge que d’évêques ». On peut penser, en France, à Mgr Gaillot et même à Mgr Jean-Louis Bruguès, évêque d’Angers, et malheur ! président de la Commission doctrinale de l’Episcopat français (cf « La trahison des commissaires », Jean Madiran. Ed. Consep) ! Vous dénoncez à juste titre le mal qui a « obscurci la foi et paralysé la vie surnaturelle de l’Eglise ». Je pense qu’il serait toujours très  nécessaire, - aussi nécessaire  que du temps de Mgr Lefebvre, -   de dénoncer ouvertement la cause de ces déviances : les erreurs du Concile Vatican II.. Vous ne mentionnez ce mal initial qu’ allusivement, tout à la fin de votre lettre, léger comme « un nuage qui a envahi le temple de Dieu » , et vous ajoutez cette expression ambiguë qui m’a fort  surpris  : « sous couvert d’un Concile et de ses réformes subséquentes. »Or, prêtres et fidèles de la Tradition doivent savoir avec certitude la cause de nos malheurs et de ceux de l’Eglise : le Concile Vatican II lui-même, et non pas seulement les abus commis « sous couvert » de son autorité ; que ces erreurs et abus sont  bien inhérents à ce Concile. On ne peut en rien donner l’impression de vouloir blanchir le Concile. Il ne faudrait pas revenir aux années 1974- 1976 où des  gens de qualités, tant laïcs qu’ ecclésiastiques , tant français que suisses - je pourrais vous donner  les noms, à l’oreille  - cherchaient  à influencer Mgr Lefebvre pour qu’il revienne sur sa déclaration du 21 novembre 1974 et qu’il veuille bien faire les distinctions nécessaires entre le Concile et les erreurs qui ont suivi le Concile. Gardons-nous de ce piège ! Je pense au contraire qu’il faut que Rome accepte la liberté de mettre en débat Vatican II au nom de la Tradition. Ce fut toujours la grande préoccupation de Mgr Lefebvre. « Qu’on ne nous demande pas de modifier notre enseignement ». C’était comme son « leitmotiv ». Ce fut son action . Je retrouve la même « veine » dans les livres de M. l’abbé Barthe. Je pense également qu’il faut que Rome accepte de  mettre en discussion la notion même de « Tradition vivante », si chère au cardinal de Lubac(sur ce sujet très important, voir l’étude  dans « la Nouvelle théologie » p. 139-155),  illégitimement imposée par le Motu proprio « Ecclesia Dei ». Ce n’est pas la moindre critique que nous adressons à ce texte.  Vous le savez, mieux que quiconque, j’ai toujours été favorable aux controverses doctrinales avec Rome sur Vatican II, dans la ligne des Dubia rédigées par Mgr Tissier de Mallerais. Les confrères, qui, à mon initiative, ont participé aux conversations théologiques avec les bénédictins et dominicains de 1992 à 1995, le savent bien. Il n’y eut aucune concession.  Il nous faut exprimer respectueusement mais clairement à Rome et devant tous les fidèles que nous ne pouvons accepter ce Concile sans confrontation au Magistère antérieur. C’était ce que voulait dire Monseigneur Lefebvre avec son expression : « j’accepte le Concile à  la lumière de la Tradition ». Aucune concession ne peut être envisagée à ce sujet. Sa Sainteté Jean-Paul II, dans le Motu proprio « Ecclesia Dei », reconnaissait lui-même la nécessité « de mettre en lumière la continuité du Concile avec la Tradition spécialement sur des points de doctrine qui, peut-être à cause de leur nouveauté, n’ont pas encore été bien compris dans certains secteurs de l’Eglise. » Ce qui revient bien à admettre l’introduction de nouveautés qui rendent incompréhensible une telle continuité. Une « reconnaissance » qui ne préserverait pas notre faculté de mettre en lumière ces points de discontinuité avec la Tradition risquerait fort d’être simple « duperie ».  Mgr Lefebvre, dans le protocole « d’accord » du 5 mai 1988, se réservait de pouvoir contester « certains points enseignés par le Concile Vatican II ».  - Le cardinal Ratzinger en avait accepté la « formule » - . Quelle force souriante, ne  manifestait-il pas , alors qu’il nous expliquait  ce « protocole » à Saint Nicolas du Chardonnet, en France. J’allais même dire qu’il s’y « accrochait »…pour nous convaincre. C’était, pour lui, la raison essentielle qui lui fit accepter un acte qui ne lui plaisait guère sur d’autres points. C’était évident !  Une sainte critique du Concile est indispensable pour le bien commun de l’Eglise : c’est le rempart de notre refus du nouvel Ordo Missae. La FSSPX perdrait toute force si elle cessait de résister aux erreurs doctrinales du Concile qui  lui sont  « inhérentes », et qui sont la raison des « réformes subséquentes » catastrophiques pour l’Eglise. Lorsque j’ai signé, avec la Congrégation du Clergé, le dossier pour la création, dans un diocèse, d’ une « paroisse personnelle »  - ce que souhaitait Mgr Lefebvre (cf ses propositions données au cardinal Gagnon, le 21 novembre 1987) et ce que souhaite aujourd’hui Rome…point encore l’épiscopat français, il faudra bien qu’il y vienne  étant donné l’état du clergé - je ne suis pas resté ambigu en cette matière. J’affirmais  bien la légitime possibilité de  « discuter »  - respectueusement  - « (les) options théologiques, fussent-elles prises par le Concile œcuménique Vatican II ».( cf Item, n° 11 du 3 octobre 2004, in fine)  Le cardinal accepta cela. Vous feriez l’unanimité, Monseigneur,  dans cette clarté héritée de Mgr Lefebvre : « j’accuse le Concile »,  et l’on saurait qu’à vous suivre, aucune « reconnaissance » - nécessaire -  n’en ferait l’hypothèque. C’est sans doute sur ce point et à l’épreuve du temps que les accords de Campos ne donnent pas toute satisfaction, comme je l’ai écrit dans le n° 28 d’Item, le 27 janvier dernier : « Il me semble que la question du Concile - dans les « accords » de Campos  - est restée cependant   - dangereusement – dans l’ombre. Si donc « les contacts » reprennent lors du prochain pontificat, ce pour quoi je prie, il faudra que la solution…(proposée)  admette les critiques du Concile, ce sera notre « travail »…et notre honneur. 

 

5 ) La solution de Mgr Lefebvre : le modèle d’un diocèse aux armées

 Du point de vue pratique et canonique, bien plus utile qu’une « visite ad limina » telle que vous la demandez au cardinal Castrillon Hoyos, pourquoi ne pas retenir, au contraire,  la solution proposée par Mgr Lefebvre lui-même dans sa lettre du 21 novembre 1987, remise au cardinal Gagnon au cours de sa propre visite canonique ou au moins s’en inspirer ?  Notre fondateur proposait dans cette lettre une solution proche du modèle d’un ordinariat aux armées, tel que le définit la Constitution apostolique Spirituali militiae du 21 avril 1986. J’ai publié tout cela le 9 novembre 2001 dans D.I.C.I. Tout le monde peut encore consulter ce numéro. Mgr Tissier de Mallerais a résumé dans son excellent livre : « Marcel Lefebvre, une vie » (p. 580-58) les trois exigences de Mgr Lefebvre pour garantir l’exemption vis-à-vis des évêques diocésains : - « un ordinariat dont l’Ordinaire soit le Supérieur général de la Fraternité » ; - « une Commission romaine présidée par un cardinal mais dont tous les membres, y compris l’archevêque Secrétaire général, soient  présentés par le Supérieur général » ;  - « enfin trois évêques ( quatre désormais), dont le Supérieur général lui-même. ». J’ai encore tout récemment publié dans Item, (n° 28 du 27 janvier 2005)  une lettre de Mgr Lefebvre datée du 21 avril 1988, adressée à Dom Gérard, rappelant ces exigences. Il serait bon d’en parler iterum et iterum, pour qu’elles soient connues de tous et retenues par Rome. Comme en tout domaine, la répétition est chose nécessaire.  Nous aurons toujours intérêt à suivre la pensée de Mgr Lefebvre, cet homme de grande expérience ecclésiale. Il ne parle pas de visite « ad limina ». Qu’est-ce que Rome apprendrait de plus sur nous ? Cette connaissance fut déjà faite en 1987.  

 

6) Les quatre évêques et non un seul, doivent être intégrés dans une Commission Pontificale

 Vous me permettrez, Monseigneur, une autre  remarque. Vous prenez beaucoup de soin à décrire une condition essentielle à vos yeux pour une « reconnaissance » pratique par Rome : le nomination de plusieurs représentants de la Tradition à la tête d’une Commission pontificale chargée des affaires traditionnelles. Mgr Lefebvre y tenait beaucoup. Il retira même sa signature du « protocole d’accord » du 5 mai 1988 parce qu’il n’avait pu obtenir la majorité dans la « commission ». C’est du moins l’une des raisons. C’est pourquoi, dans l’esprit de Mgr Lefebvre, plutôt qu’un simple délégué auprès du Saint Siège, ce sont bien nos quatre évêques, enfin reconnus comme évêques catholiques, qui devraient effectivement faire partie d’une telle commission. 

Mais, dans ce cadre, vous citez notamment  la Commission « Ecclesia Dei ».  Cette Commission, dont la constitution est  le Motu Proprio du même nom, ne me paraît pas de nature, pour ma part, à garantir suffisamment les droits de la Tradition et tout particulièrement  le droit de la messe. Dès lors s’il fallait repartir d’Ecclesia Dei, ce que je ne souhaite pas …l’ honneur de Mgr Lefebvre est aussi en jeu -  mais Rome peut avoir ses raisons - c’est la charte même de cette commission qu’il faudrait entièrement refondre ou réviser. 

 

7) Une ultime remarque :  Monseigneur Lefebvre ne nous a pas laissé seulement une société sacerdotale avec ses constitutions – société qui n’est point une société religieuse, comme ne cesse de le dire Mr l’abbé de La Rocque dans son article - , il ne nous a pas donné seulement une spiritualité sacerdotale, il ne nous a pas laissé seulement un « itinéraire », il nous a laissé aussi des « propositions de règlement apportant une solution au problème des œuvres et des initiatives en faveur  de la liturgie traditionnelle dans l’Eglise ».  Ce sont ses propres termes.  Utilisez les davantage. Présentez-les  à Rome . Fondez-vous sur elles  Vous ferez plus facilement l’unité de tous.   Voilà, Monseigneur,  un ensemble de réflexions, qu’il me plaît de porter à votre connaissance ainsi qu’à la connaissance des fidèles de la Tradition, non point pour « diviser » mais bien pour préciser et « unifier ». Je suis persuadé que de la « reconnaissance » de la FSSPX par Rome, dans les cadres des propositions de  Mgr Lefebvre, jaillira  le plus grand bien pour nous tous et pour l’Eglise..  Livrant  ces remarques  et cette voie de solution à votre attentive réflexion, je vous prie de croire, Monseigneur, à mes sentiments dévoués en NSJC.  

 

Abbé Paul Aulagnier