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Lettre à Mgr Fellay - 20 avril 2005

Monseigneur Bernard Fellay

FSSPX
Schloss Schandegg
6313 Menzingen
Suisse

Le 18 avril 2005

Monseigneur,

Comme simple fidèle, mais placé par ma profession et mes engagements sur le chemin de bien des français et de catholiques divers et variés, je crois de mon devoir filial de vous écrire à propos du débat qui secoue la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X.

Vous avez souhaité que Monsieur l’abbé Guillaume de Tanoüarn cesse de collaborer à l’action menée par la Fraternité. La portée de cette mesure est insoupçonnable : une brèche est désormais ouverte dans notre famille de foi, de pensée et d’action. Cette action produit :

- des scissions,

- une perte notoire de crédibilité, et surtout,

- une mise en veilleuse de notre apostolat derrière une conception plus « boutiquière » que catholique au sens plénier du terme - excusez ce terme, je n’en trouve pas d’autre - c'est-à-dire la mort lente et programmée dans l’insignifiance groupusculaire et kantienne : « on aura les mains pures parce qu’on n’aura pas de mains ».

Votre décision semble ignorer vraisemblablement les conséquences inéluctables de votre geste ; je me permets de vous dire que c’est éminemment regrettable.

Vous êtes mieux placé que quiconque pour reconnaître que l’abbé de Tanoüarn est une intelligence supérieure dotée d’une capacité d’évangélisation hors pair, sans compter un cœur en or. Comment pouvez vous donc tenir pour négligeable qu’il ait été le seul dans le monde, à organiser une journée pour le baptême de Clovis et de la France, une journée pour les dix ans de la mort de Mgr Lefebvre , et dernièrement une autre sur la laïcité, avec une qualité et un succès reconnu de tous ?

Je serai bien curieux de savoir qui vous trouverez pour continuer ce zèle avec autant d’efficacité… Ensuite, à travers ses nombreuses publications, il a fait entrer notre combat pour la foi et ses implications réelles, dans d’innombrables foyers français, et largement au-delà de nos cercles traditionnels. Il est étonnant que vous apparaissiez comme le seul à ne pas voir qu’il est un apôtre comme la Providence en envoie peu souvent ! Comment pouvez vous scandaliser la masse des petits qui, sans savoir que le mot est de Joseph de Maistre, voit bien que « Dieu donne à la franchise, à la fidélité, à la droiture, un accent qui ne peut-être ni contrefait, ni méconnu » ?

Cette éviction, c’est en fait une contestation de l’action menée, en l’occurrence par l’abbé de Tanoüarn, pour le Vrai tel que l’a entreprise le fondateur de la Fraternité. A travers votre décision, c’est en fait Mgr Lefebvre que vous évincez, prenant le risque insoutenable de ravaler son combat pour l'Église en une vulgaire lutte clanique, voire sectaire, comme on le voit par exemple – et je parle d’expérience - dans le monde politique ou religieux conciliaire. Il ne tient qu’à vous, Monseigneur, pour trouver une solution honorable qui évite à ceux qui regardent notre Fraternité de constater goguenards comme je l’ai déjà entendu chez des esprits cultivés et authentiquement catholiques, je résume : « Au fond, Ecône et les évêques de France, c’est pareil : Fellay et Gaillot , même combat : le Moi ». N’oubliez pas que la Fraternité est l’œuvre des familles. Elle doit rester un bien universel en dehors de toute lutte de clans et de cléricalisme.

Dans cette espérance respectueuse, je vous prie de recevoir, Monseigneur, mes sentiments filiaux et l’assurance de ma prière pour votre mission.

Edouard Ferrand

Conseiller municipal de Sens
Conseiller régional de Bourgogne