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Rome - FSSPX : Accords en vue ?

Accord ? Pas d’accord ? Monseigneur Fellay supérieur général de la Fraternité Saint Pie X a rencontré Benoît XVI à Castelgandolfo le 29 août. Il s’agit de la première rencontre officielle entre un pape et les autorités de la Fraternité Saint-Pie X depuis 1988... Elle engage bien sûr l’avenir de toute la mouvance catholique traditionnelle dans l’Eglise... Dès lundi, les interprétations de l’événement se multipliaient. Devant le mutisme des autorités officielles de la Fraternité Saint-Pie X, nous avons demandé à M. l’abbé de Tanoüarn, longtemps vicaire à Saint-Nicolas-du-Chardonnet, actuellement responsable, toujours à Paris, du Centre Culturel Saint-Paul, ce qu’il pense de la manière dont s’est déroulée cette rencontre, tant attendue, tant redoutée...

M. l’abbé, l’audience accordée par le pape Benoît XVI à Mgr Fellay, supérieur de la Fraternité Saint-Pie X constitue-t-elle, selon vous, un véritable événement ?

On s’est employé, à droite et à gauche, à minimiser la portée de cette rencontre. Ce serait une grave erreur de faire comme s’il ne s’était rien passé à Rome ce 29 août. Derrière l’apparente sobriété du communiqué commun, répercuté immédiatement par l’Agence France Presse, se cache un événement que je n’hésite pas à qualifier d’historique et qui engage gravement, pour l’avenir, la responsabilité des deux partis. “Conscients des difficultés ” qui se présentent et se présenteront sur la route d’un véritable accord, les deux protagonistes s’engagent, disent-ils, à “ procéder par étapes et dans un délai raisonnable ”, “ dans un climat d’amour de l’Eglise et de désir de parvenir à la pleine communion ”. Autrement dit, nous ne sommes plus dans une situation de rejet mutuel. Il ne s’agit pas non plus d’un simple gentlemen agrement, les deux partis reconnaissant loyalement leurs points de désaccords, au sens où l’on pourrait dire, avec les Anglais : They agree that they don’t agree (ils sont d’accord sur le fait qu’ils ne sont pas d’accord). Non! Ce qui a été décidé, à Rome, ce 29 août, c’est d’établir ce que l’on nomme dans un autre contexte (celui de l’Intifada palestinienne) une véritable feuille de route. Il y aura des étapes. Cela prendra du temps. Mais on y arrivera., avec le temps. Il s’agit avant tout, dans cette déclaration, pour Mgr Fellay comme pour Benoît XVI, de “ donner du temps au temps ” comme disait François Mitterrand… Les fondements doctrinaux de la querelle ne sont pas évoqués. Aucune mention des bases historiques sur lesquelles se fonde le mouvement traditionaliste pour “accuser le concile ” comme disait Mgr Lefebvre. Toute l’attention des deux protagonistes de la rencontre s’est focalisée sur les modalités pratiques d’un accord. En ce sens, la rencontre entre Mgr Fellay et Benoît XVI crée les conditions d’un climat nouveau et d’un dialogue différent entre Rome et Ecône.

Votre optimisme me surprend. N’avez-vous pas l’impression au contraire que Mgr Fellay tente surtout de jouer la montre, face aux exigences du nouveau Pontife? Un communiqué interne de la Fraternité Saint-Pie X dont nous avons pu prendre connaissance déclarait au mois de juin dernier : “ Il n’est aucunement question à ce jour de reprendre de quelconques négociations mais de faire acte de présence de la Tradition à Rome ”. Croyez-vous vraiment que Mgr Fellay soit prêt à un accord ? Son propre communiqué de presse déclare simplement : “ Nous sommes arrivés à un consensus sur le fait de procéder par étapes ”. C’est maigre comme consensus !

Mgr Fellay a toute la prudence de son Helvétie natale. Effectivement, il avance lentement. Il a besoin de temps, comme je viens de vous le dire, mais il me semble indéniable qu’au moins à titre personnel, comme il le déclarait dans un entretien récent avec l’abbé Alain Lorans, il estime qu’un accord est inéluctable. Cela dit, il rencontre de fortes oppositions à l’intérieur de son propre camp. Beaucoup de responsables importants de la Fraternité sont a priori hostiles à un accord, sans oser le dire trop fort. Le district de France par exemple organise au début du mois de septembre un symposium, destiné à déclarer nulle l’autorité du concile Vatican II. De son côté, Benoît XVI rencontre l’hostilité a priori des évêques français, récemment réaffirmée par le président de la conférence épiscopale, Mgr Ricard. Le moins que l’on puisse dire est qu’entre le pape et l’évêque, la météo est particulièrement mauvaise. Mais ce qui est important, c’est, comme je vous l’ai dit, que Mgr Fellay ait accepté le principe d’un calendrier des négociations… Si les réunions se multiplient entre les deux partis, pourra-t-il longtemps se dérober ? Soit il devra solennellement réaffirmer les divergences doctrinales qui existent entre Rome et Ecône, ce qu’il s’est toujours gardé de faire durant les onze années de son supériorat, soit il devra signer...

Vous qui ne faites plus partie de la Fraternité Saint-Pie X depuis quelques mois, quel est votre sentiment personnel sur cette rencontre ?

Je crois que, malgré quelques essais plus ou moins réussis, il manque à la Fraternité Saint-Pie X une approche vraiment doctrinale de la crise actuelle, qui lui permettrait d’envisager sereinement sa position actuelle dans l’Eglise. L’extrême prudence de Mgr Fellay risque, à la longue, de passer pour de l’opportunisme. Les fidèles, énervés (au sens étymologiques du terme) par des rumeurs contradictoires, perdent confiance et pratiquent de plus en plus le zapping liturgique, allant d’une paroisse à l’autre, d’une chapelle à l’autre, parce qu’ils ne voient plus les raisons profondes du combat traditionaliste. Il ne faudrait pas que la glorieuse résistance de Mgr Lefebvre se perde dans les sables de la négociation pour la négociation. Il me semble que l’avenir appartient -– sans aucune exclusive – à ceux qui oseront poser les vraies questions (qui ne sont plus tout à fait celles des années 70).
La Tradition catholique dans sa riche diversité a, de par Dieu, la vocation de réunir autour d’elle tous les hommes de bonne volonté. C’est son service qui mobilise et mobilisera, sous l’égide du souverain pontife, les chrétiens qui essaient d’être dignes de ce nom.

Entretien réalisé par Jean-Marie Molitor