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Réponse de l'abbé de Tanoüarn au "Rédacteur" anonyme du Chardonnet

 

« Souvent femme varie, bien fol qui s'y fie ». Est-ce en pensant à ce dicton médiéval ? Ou bien n'est-ce pas plutôt en invoquant, une fois de plus, le grand Bossuet et son « Histoire des variations de l'Eglise protestante » ? Le « Rédacteur » anonyme du Chardonnet entend, ce mois-ci, mettre sous les yeux de ses lecteurs ce qu'il nomme « les variations d'un abbé parisien ». La citation de Pacte qui suit immédiatement cette mise en cause ne laisse aucun doute : c'est bien moi le variateur, c'est moi le prévaricateur rempli de mauvaise foi, en un mot c'est moi le coupable.

Pour démontrer cette culpabilité, le « Rédacteur » anonyme s'est mis en tête de juxtaposer des textes, portant plus ou moins sur le même sujet, mettant en scène les mêmes personnages par exemple, mais qui ne comportent aucune contradiction les uns avec les autres. Un faux air de ressemblance suffit au Rédacteur Procureur. Son travail est fait. Et il se targue d'avoir ainsi décelé... la variation d'un abbé parisien ! Diable ! L'abbé de Tanoüarn se contredit ! Vétéran de la lutte anticonciliaire avant le 9 mars 2005, je serais devenu depuis un membre de cette Eglise conciliaire que j'ai tant combattue par la plume... Il suffirait apparemment de citer ces textes, sous prétexte qu'ils portent sur le même sujet, alors qu'ils ne présentent aucune incompatibilité mutuelle, pour épingler une prétendue « contradiction ». Je ferai simplement observer que ce n'est pas parce que telle affirmation n'est pas telle autre que l'on peut établir entre les deux une contradiction. Il faut démontrer leur incompatibilité. Exemple ? Je peux dire : « Ce mur est blanc » et affirmer ensuite que « j'entends le chant des oiseaux perchés sur le mur », je dis bien deux choses différentes à propos du même mur, mais ces deux phrases n'admettent entre elles aucune incompatibilité, aucune véritable contradiction.

En l'occurrence : j'ai pu reprocher à l'abbé Aulagnier, à propos de sa fougueuse défense des prêtres de Campos, il y a deux ans, qu'« il joue à l'apprenti sorcier avec un stylo-bille » et affirmer aujourd'hui que « j'ai du mal à séparer M. l'abbé Aulagnier de mes projets d'avenir », sans que, n'en déplaise au « Rédacteur », il n'existe aucune contradiction entre ces deux phrases. Dans la Fraternité sacerdotale que nous formons depuis 20 ans, on ne se sépare pas d'un frère prêtre (et encore moins de ce père qu'a été l'abbé Aulagnier vis-à-vis de tous les prêtres français de la Fraternité Saint Pie X) pour une histoire de stylo-bille ! A la décharge du « Rédacteur », récemment improvisé Procureur, j'imagine que dans la nouvelle logique de gouvernement fraternitaire, élaborée au-delà des Alpes, cette contradiction fantôme existe bel et bien.

Dans le deuxième exemple allégué, en revanche, je ne trouve au « Rédacteur » anonyme aucune circonstance atténuante. Ce n'est pas son Mentor transalpin, c'est lui, cette fois, qui s'empresse de crier : « la messe est dite » et de souligner un prétendu « aveu » de ma part. Parce que je me suis engagé à « préparer les conditions d'une réception authentique du Concile », il se croit autorisé à conclure : « C'est l'idée de Benoît XVI : la crise n'est pas due au Concile ». A-t-il vraiment pesé le sens des mots qu'il emploie et qu'il met en équivalence ? « préparer les conditions d'une réception authentique de Vatican II », c'est d'abord faire admettre que ces conditions n'existent pas encore 40 ans après, que le torrent des interprétations du Concile n'a rien préparé du tout, que tout est encore à dire.

Que faut-il dire de ce Concile ? Je suis désolé de le dire aussi crûment, mais ma position sur ce point a toujours été subtile, ce qui ne signifie pas qu'elle n'est pas précise. J'ai écrit qu'il était vain de faire à Vatican II un procès en hérésie. Je l'écrivais déjà dans le texte que mon censeur met en contre position avec mon attitude actuelle. Dans Vatican II et l'Evangile, on pouvait lire par exemple à propos de ce que j'ai nommé la religion de Vatican II : « Le terme de religion permet de comprendre le paradoxe d'une Eglise qui n'est atteinte ni dans sa constitution ni dans la matérialité de sa foi, mais qui ne parvient plus à transmettre le message bimillénaire dont elle fut instaurée dépositaire. Tout se passe comme si, sans rien changer à la vieille maison, Vatican II avait établi une sorte de préalable à toute démarche de foi. C'est ce préalable que nous avons essayé de définir tout au long de ce livre ». Ce texte est de 2003. Eh bien ! Il me semble que lorsque le cardinal Castrillon me demande, aujourd'hui en 2005, de « préparer les conditions d'une réception authentique du concile Vatican II », je ne peux mieux faire, pour répondre à son invitation, que de travailler dans la même ligne, en essayant d'identifier, le plus précisément possible, sans haine, sans agressivité, le préalable religieux qui offusque la foi dans l'Eglise d'aujourd'hui. Loin de renier l'idée que Vatican II contient les germes d'une religion nouvelle, d'une nouvelle identité chrétienne, je me considère aujourd'hui comme chargé (avec d'autres bien sûr, avec tous ceux qui ont bénéficié de la magnanimité romaine et on reçu ce rescriptum) de mieux identifier ces germes, pour aider le pape à « écoper » dans ce « navire qui fait eau de toutes parts », comme il disait.

Que doit-on faire du Concile aujourd'hui ? Non pas seulement chercher à « bien l'interpréter », encore que Mgr Fellay lui-même affirme qu'il est d'accord avec 95 % du contenu de ce Concile. Mgr Fellay doit donc s'employer à « bien interpréter » les 95 % du Concile qu'il accepte. Mais Mgr Lefebvre allait plus loin ; dans le texte cité par le « Rédacteur » anonyme, il parlait de « bombes à retardement » cachées dans la lettre du Concile ? Que fait-on avec les bombes à retardement ? Si l'on n'est pas complètement suicidaire, on s'emploie à les désamorcer. C'est ce que j'ai fait. C'est ce que je continuerai à faire, en fils de Mgr Lefebvre.

Quant à l'état de schisme où se trouve l'Eglise aujourd'hui, en particulier dans notre pays, cette implosion molle du christianisme, cette mosaïque religieuse, elle est bien là. Les évêques français continuent à faire obstruction aux directives réformatrices venues de Rome. Le seul moyen d'en sortir ? Abandonner l'idée que Vatican II est un super dogme, comme l'a dit et répété Benoît XVI. Déplacer une bonne fois la référence de Vatican II à la Tradition de l'Eglise. Et pour faire cela, obtenir l'absolution des censures qui nous marginalisent et contribuent trop facilement à nous discréditer. Obtenir, autant que cela est possible, une véritable liberté de parole dans l'Eglise. Là encore, où est la contradiction que le « Rédacteur » anonyme nous impute ?

Le drame, qui dans une large mesure explique l'article fielleux du Chardonnet, c'est que cette liberté de parole, qui en aurait fait une véritable instance critique dans l'Eglise, la Fraternité Saint Pie X aujourd'hui ne l'a plus. Il suffit de mesurer la médiocrité des manifestations organisées ce trimestre autour du centenaire de Mgr Lefebvre, l'absence de toute analyse des changements intervenus depuis l'élection de Benoît XVI au souverain pontificat, le monopole de parole donné à Mgr Fellay sur les sujets supposés sensibles, l'aspect répétitif de la plupart des interventions et le psittacisme de la plupart des intervenants, la désaffection du public.

Je ne redis pas par goût de la polémique ce que tout le monde a commencé à comprendre. Je le dis parce que je souffre de constater que la hiérarchie actuelle de la FSSPX déserte sa mission historique et qu'elle s'enferme dans une guéguerre, indigne des fidèles qui lui ont fait confiance, indigne des enjeux qui l'attendent. Le 20 novembre, j'avais invité les autorités françaises de la Fraternité à venir parler, devant le millier de personnes qui avait envahi la Mutualité. Je l'ai fait par écrit. J'ai répété cet appel à la Radio. Je n'ai pas eu une réponse. Ou plutôt, si : la réponse, c'est le méchant article du Chardonnet, qui voit des contradictions là où il n'y en a pas et s'obstine à vouloir mener un combat qui n'est pas le sien.

Je crois avoir répondu à l'ensemble des griefs qui me sont faits par le « Rédacteur » anonyme, en laissant de côté les mises en cause personnelles, dont le temps se chargera de montrer qu'elles sont sans fondement.

Je profite de cette réponse pour dire à mon cousin l’abbé Régis de Cacqueray : plus jamais ça ! Arrêtez de cautionner le site internet honneur.o…., sur lequel on trouvait déjà la plupart des arguments du Chardonnet. Arrêtez d'entretenir la polémique avec de fausses raisons et des accusations injustes. Remettons-nous au travail ensemble... Que l'injustice publique de Mgr Fellay cesse de constituer un obstacle incontournable pour l'unité du mouvement traditionaliste. Vous avez été un peu pressé de crier au ralliement, espérant sans doute par là conserver votre monopole sur les fidèles. Il faut vous résigner à reconnaître que ceux que vous appelez dédaigneusement « les mutins » ne se battent ni contre vous ni contre vos prêtres ni pour débaucher tels ou tels fidèles. Ils continuent avec honneur, à leur manière, le combat doctrinal et pastoral de Mgr Lefebvre... Je voudrais profiter de cette réponse à l'agression injuste dont j'ai été victime dans le Chardonnet, pour vous faire dès maintenant une proposition. Je prends ici l'engagement d'inviter fraternellement le prêtre que vous voudrez désigner pour prendre la parole, cher Régis, lors de notre prochaine manifestation publique. Que Dieu nous ait tous en sa sainte garde !

Abbé Guillaume de Tanoüarn