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Après la visite de S.E. Mgr Rifan à Saint-Eloi

Communiqué des prêtres de l’église Saint-Éloi à tous les fidèles

I- En visite approuvée par le Saint-Siège, Mgr Rifan a félicité les prêtres et les fidèles de Saint-Éloi et reconnu leur titre de catholiques

Le dimanche 19 février 2006, Mgr Fernando Rifan, évêque de l’Administration apostolique Saint-Jean-Marie Vianney au Brésil, s’est rendu en visite amicale à l’église Saint-Éloi de Bordeaux, avec l’approbation du cardinal Castrillon Hoyos, préfet de la Congrégation pour le Clergé. Après cet événement important, nous, prêtres et diacre de Saint-Éloi, nous remercions Mgr Rifan de sa visite et adressons à tous ce communiqué.

Mgr Rifan a rencontré le 18 février Mgr Ricard, archevêque de Bordeaux, président de la Conférence des évêques de France et créé cardinal ce jeudi 24 février – ce dont nous le félicitons.

Mgr Rifan a prêché le 19 au matin en l’église Saint-Éloi, lors de la grand messe grégorienne à la quelle il a assisté au trône. Dans son homélie, il a insisté sur le rôle de l’Église non seulement visible, mais divine, dispensatrice de la grâce à laquelle tout homme doit fidèlement répondre s’il veut être sauvé. Cette présence bienveillante d’un évêque catholique, approuvée par le Saint-Siège, est un geste capital de reconnaissance pour l’œuvre qui s’accomplit jour après jour en cette église par la grâce de Dieu ; c’est aussi une reconnaissance explicite de la liturgie traditionnelle et du ministère que nous y exerçons, ainsi qu’un encouragement pour vous tous, nos chers fidèles.

Dans l’après-midi, Mgr Rifan donnait une conférence qui a réuni cent quatre vingt personnes sur le thème « Tradition et communion ». Au cours de cette conférence visant à rappeler que la communion avec le pape est constitutive de la Tradition, il a montré, par l’exemple de Campos, qu’il est possible d’obtenir que soit maintenue localement la Tradition tout en demeurant en communion visible avec Rome.

Nos échanges privés avec Mgr Rifan ont permis d’aborder des questions théologiques capitales pour l’avenir de l’Église, touchant notamment la réception du concile Vatican II, concile non infaillible et, selon la volonté du pape Benoît XVI (Discours du 22 décembre 2005), susceptible d’une relecture dans la continuité du Magistère infaillible, « à la lumière de la Tradition ».

Ces échanges et cette visite informelle n’impliquent aucun engagement de part et d’autre. Simplement, la communauté de Saint-Éloi qui entend servir le pape et l’Église dans la pleine fidélité à sa Tradition, se loue de cette visite qui sera évidemment suivie d’un rapport à Rome.

Nous nous réjouissons notamment des félicitations reçues d’un évêque catholique pour l’œuvre spirituelle (l’apostolat paroissial autour de la Messe traditionnelle) et matérielle (restauration de l’édifice) accomplie à l’église Saint-Éloi. Nous sommes heureux aussi qu’il ait reconnu aussi notre titre catholiques, vous fidèles et nous, prêtres et diacre, exerçant un ministère licite, en vertu de la suppléance de l’Église et du droit de nécessité spirituelle dont jouissent actuellement les fidèles.

Nous écoutons avec respect ses conseils de l’évêque donnés au cours de sa conférence, pour garder l’esprit de l’Église dans la situation difficile qu’elle traverse depuis quarante ans. En toute charité et humilité, nous croyons néanmoins devoir exprimer clairement notre différence, spécialement sur la Messe et sur le Concile.

II- La question de la Messe

Les prises de paroles et les polémiques qui ont suivi la visite de Mgr Rifan sont l’occasion de rappeler la position des prêtres de Saint-Éloi sur le nouvel Ordo missae ( la nouvelle messe) et sur le dernier concile.

1- Conformément au protocole signé par Mgr Lefebvre le 5 mai 1988 : « nous déclarons reconnaître la validité du Sacrifice de la messe et des sacrements [ce qui inclut l’ordination sacerdotale et la consécration épiscopale] célébrés avec l’intention de faire de que fait l’Église et selon les rituels indiqués dans les éditions typiques du missel et des rituels des sacrements promulgués par les papes Paul VI et Jean Paul II. »

2- Nous rejoignons le récent jugement du cardinal Alfons Stickler sur la nouvelle messe, publié dans sa préface à la réédition du Bref examen critique des cardinaux Ottaviani et Bacci :

« L’analyse du Novus ordo faite par ces deux cardinaux n’a rien perdu de sa valeur, ni malheureusement de son actualité. […] Les résultats de la réforme sont jugés dévastateurs par beaucoup aujourd’hui. Ce fut le mérite des cardinaux Ottaviani et Bacci de découvrir très vite que la modification des rites aboutissait à un changement fondamental de la doctrine (1). »

3- Nous rappelons le jugement authentique que portait le pape Paul VI lui-même sur la doctrine de son nouvel Ordo. Par son discours du 19 novembre 1969, il autorisait la « critique théologique » du nouveau missel, dont la promulgation n’entrait pas selon lui dans les critères de l’infaillibilité dogmatique :

« Le rite et les rubriques respectives ne sont pas en eux-mêmes une définition dogmatique ; ils sont susceptibles de qualification théologique de valeur variable, selon le contexte liturgique auquel ils se réfèrent ; ils sont […] une action que seule la critique théologique peut analyser et exprimer en formules doctrinales qui soient logiquement satisfaisantes (2). »

III- La question du concile Vatican II

1- Le concile Vatican II, réuni et convoqué régulièrement par le pape Jean XXIII, est un acte du magistère authentique. Nous adhérons en particulier, à la suite de Mgr Lefebvre dans le protocole signé par lui le 5 mai 1988, à « la doctrine contenue dans le n° 25 de la Constitution dogmatique Lumen Gentium […] sur le magistère ecclésiastique et l’adhésion qui lui est due », en conformité avec le concile Vatican I, Dei Filius §3.

2- En application du canon 749 §2 et §3 du Code de Droit canonique de 1983, nous devons tenir que l’enseignement authentique du concile Vatican II n’a pas revêtu les formes requises de l’infaillibilité du magistère des évêques. Ce concile se définissant lui-même comme « pastoral » s’est abstenu de fait de toute définition ou condamnation dogmatiques qui obligeraient la foi des fidèles, comme le pape Jean XXIII l’a annoncé le premier jour (Gaudet Mater Ecclesia, 11 octobre 1962). N’est infaillible dans le concile que ce qui était déjà tenu ou défini comme tel auparavant dans l’Église : cette clause de non infaillibilité est ajoutée à la Constitution Lumen Gentium dans les Notifications du 16 novembre 1964. Elle sera répétée le 7 décembre 1965 par le pape Paul VI, puis à nouveau par lui le 12 janvier 1966 : « Étant donné son caractère pastoral, le Concile a évité de prononcer des dogmes dotés de la notion d’infaillibilité. »

3- Le 22 décembre 2005, dans son « Discours à la Curie romaine à l’occasion des vœux de Noël », le pape Benoît XVI a mis en cause la « rupture » introduite « dans de grandes parties de l’Église » après Vatican II, non pas du fait des traditionalistes mais en raison de « l’esprit du Concile ». Dans l’Église, il a rappelé que c’est la « continuité » qui doit prévaloir sur la « nouveauté ». Nous étudions attentivement ce discours du pape qui s’interroge sur « le résultat du concile », sa « juste interprétation » et sa « réception » authentique, laquelle semble à ses yeux n’avoir pas encore eu lieu. Nous tenons avec le pape et selon la formule signée par Mgr Lefebvre que le Concile n’est pas la norme ultime ni « la fin de la Tradition » (Discours du cal Ratzinger au Chili, juillet 1988), mais qu’il doit au contraire être relu lui-même « à la lumière de la Tradition ».

Nous savons qu’il n’y a de Tradition véritable dans l’Église que dans la communion ; mais aussi que la transmission de la foi et des rites traditionnels, avec la succession apostolique du siège de Pierre, sont constitutifs de la Tradition qui est elle-même le lien essentiel de la communion.

Abbé Philippe Laguérie ; abbé Christophe Héry ;
abbé Henri Forestier ; abbé Claude Prieur, diacre.

(1) Cardinal Alfons Stikler , 27 novembre 2004, préface à la rééd. Renaissance Catholique, 2004, p. 8
(2) Paul VI, Audience générale du 19 novembre 1969, D. C. 1552, col. 1055-1056.